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La Tunisie, fer de lance du Printemps arabe et démocratie fragile

Si l'attaque de Tunis n'a pas encore été revendiquée, l'attentat qui a coûté la vie à 21 personnes pourrait peser lourd sur la démocratie tunisienne née du Printemps arabe.

Berceau du Printemps arabe devenu un exemple de démocratie dans le monde arabe, la Tunisie avait jusqu'ici échappé à une vague de violences ou de répression, contrairement aux autres Etats ayant vécu des mouvements de contestation. Mais l'attaque du musée du Bardo, mercredi, qualifiée d'"attentat terroriste" par le ministère tunisien de l'Intérieur, pourrait changer la donne.

Depuis la révolution de janvier 2011, qui a chassé du pouvoir le président Zine El-Abidine Ben Ali, la Tunisie a vu émerger une mouvance jihadiste responsable de la mort de dizaines de policiers et militaires, selon les autorités. Liée au réseau Al-Qaïda, la Phalange Okba Ibn Nafaâ est considérée comme le principal groupe jihadiste de Tunisie actif à la frontière avec l'Algérie. Sans revendication de l'attentat, jusqu'ici, il est difficile d'identifier les responsables. "On est peut-être dans une lutte d'influence entre Al-Qaïda et l'Etat islamique", avance François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l'Iris (Institut des relations internationales et stratégiques). 

Journaliste à Jeune Afrique, Samy Ghorbal explique pour sa part qu'il y a eu "un affaiblissement de l'Etat après la révolution de 2011" en Tunisie. Quand ils étaient au pouvoir, les islamistes ont sous-évalué le danger du jihadisme, estime-t-il.

Après la chute de Ben Ali, le quadrillage de la société s'est relâché, les portes des prisons se sont ouvertes et nombre d'activistes radicaux ont repris le chemin de la clandestinité pour tenter d'imposer leur théocratie. Et ce dans un contexte régional qui a déstabilisé le pays.

La Libye voisine, matrice jihadiste

L'instabilité en Libye est "le terreau du terrorisme" en Tunisie, a affirmé mercredi le ministre tunisien des Affaires étrangères, Taïeb Baccouche.

"La situation de la Tunisie est très complexe du point de vue du terrorisme", avec des groupes qui traversent les frontières voisines de l'Algérie et de la Libye, explique François-Bernard Huyghe.

Le chercheur rappelle néanmoins qu'il "existait déjà forte une tendance islamiste en Tunisie au moment de la révolution de janvier 2011" qui a renversé Ben Ali. Et "elle ne s'est pas seulement manifestée dans les urnes".

De 2.000 à 3.000 Tunisiens combattraient dans les rangs des jihadistes en Syrie, en Irak et en Libye. Cinq cents autres jihadistes tunisiens sont pour leur part rentrés au pays, selon la police, et sont considérés comme une des plus grandes menaces pour la sécurité.

Les frères Kouachi sont passés par la Tunisie

"La Tunisie de l'intérieur ne voit rien venir depuis la révolution, il y a un chômage massif. Les jeunes n'ont qu'un espoir: venir en France. Et une frange de cette jeunesse se tourne vers le jihadisme", analyse Nicolas Beau, rédacteur en chef du site Mondeafrique.com.

"Il faut absolument que la France aide la Tunisie", ajoute le réalisateur du documentaire La Tunisie des oubliés, qui explique les ponts qui existent en matière de terrorisme entre les deux rives de la Méditerranée. Il rappelle ainsi que les frères Kouachi avaient séjourné en 2011 et 2012 en Tunisie à leur sortie de prison. Ou encore que du trafic d'armes s'opère depuis Tunis en direction de Paris et Marseille.

Karine Lambin