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Cinq ans après la révolution, la Tunisie s'embrase à nouveau

La colère monte en Tunisie. Cinq ans après la Révolution de jasmin, qui avait entraîné le départ de l'ancien président Ben Ali, la contestation contre le chômage et l'exclusion sociale enfle dans plusieurs villes du pays. 

Le scénario de 2011 va-t-il se reproduire en Tunisie? Depuis plusieurs jours, cinq ans après la révolution, la Tunisie fait à nouveau face à une forte contestation populaire contre le chômage et l'exclusion sociale. Parti de la ville de Kasserine, dans le centre du pays, le mouvement s'est étendu à d'autres villes. A tel point que le gouvernement a décrété ce vendredi l'instauration d'un couvre-feu nocturne sur l'ensemble du territoire. 

Vers une nouvelle révolution?

Des mouvements de protestation - parfois marqués par des heurts avec la police, qui a répliqué au gaz lacrymogène - ont de nouveau eu lieu jeudi, et gagné de nouvelles villes, rappelant parfois les manifestations qui avaient emporté le régime de Zine el Abidine Ben Ali fin 2010-début 2011. Au coeur des revendications, le chômage et la précarité.

A Kasserine, d'où sont partis les troubles, et Sidi Bouzid, berceau de la contestation née en 2010, des centaines de Tunisiens sont descendus dans les rues pour exprimer leur ras-le-bol et pour lancer un ultimatum au gouvernement: le changement ou une autre révolution. "Nous défendons notre droit au travail. Le seul moyen de se faire entendre par le gouvernement c’est l’affrontement. Il n’y a pas d’autre moyen. Nous avons déjà demandé tout ça il y a cinq ans. Sans réponse", explique Mohamed Khadhraoui, au chômage.

Effet domino

La situation a basculé samedi dernier, lorsque Ridha Yahyaoui, un chômeur de 28 ans qui protestait contre son retrait d’une liste d’embauches dans la fonction publique a grimpé sur un poteau, avant de mourir électrocuté. Comme Mohamed Bouazizi, ce vendeur ambulant qui s'était immolé par le feu en 2010, il est devenu le visage de la misère sociale dans le pays. Depuis, les manifestations se multiplient. 

Face à cet embrasement, le gouvernement a annoncé l’élargissement de certains dispositifs d’aide à Kasserine. "Nous allons recruter 5.000 chômeurs dans le cadre des divers mécanismes en vigueur dans les programmes d’emploi", a annoncé le porte-parole du gouvernement, Khaled Chouket, mercredi. Le ministère des Finances a toutefois précisé jeudi qu'il ne s'agissait pas de créations d'emplois.

Alors que l'annonce était censée calmer le jeu, elle a finalement suscité des remous dans d'autres villes, où les élus dénoncent des mesures sélectives. A Sidi Bouzid, plusieurs routes ont été coupées par des pneus en flammes et de jeunes manifestants ont jeté des pierres sur la police, qui a répliqué par du gaz lacrymogène. Des manifestations ont aussi eu lieu à Jendouba, Gafsa ou encore Kébili. A Souk Lahad, un poste de la Garde nationale a été incendié. En soirée, des incidents ont également été rapportés par des médias dans plusieurs localités et quartiers du Grand Tunis.

"Les motifs et la manière se répètent"

Une source à l'hôpital de Kasserine a fait état de 240 blessés parmi les civils et 74 parmi les policiers depuis le début des troubles. "C'est comme si nous étions encore à la fin 2010-début 2011. De Bouazizi à Yahyaoui, les motifs et la manière se répètent", a estimé le quotidien arabophone Al Chourouk.

Le chef du gouvernement tunisien Habid Essid a prévu un conseil des ministres exceptionnel samedi pour répondre aux attentes des manifestants, tandis qu'un couvre-feu nocturne sur l'ensemble du territoire a été décrété ce vendredi. 

Si depuis 2011 la Tunisie a pu, malgré les difficultés, organiser des élections libres et adopter une nouvelle Constitution, elle ne parvient pas à relancer son économie affectée par l'instabilité et les attentats jihadistes de Tunis et Sousse. Le chômage dépasse 15% au niveau national et atteint le double chez les diplômés. Ces taux sont encore supérieurs à l'intérieur du pays.

Adrienne Sigel, avec Anne-Sophie Warmont