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Pourquoi Aqmi a diffusé la vidéo de Serge Lazarevic?

Dans la vidéo, Serge Lazarevic en appelle directement à François Hollande afin d'être libéré.

Dans la vidéo, Serge Lazarevic en appelle directement à François Hollande afin d'être libéré. - Capture d'écran - Montage BFMTV

Le groupe islamiste Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a diffusé sur Internet une vidéo de l'otage français Serge Lazarevic. "Un signal fort" d'Aqmi pour dire "on existe", analyse Alain Juillet, ancien directeur du renseignement à la DGSE. Peut-être une surenchère dans la guerre à laquelle il se livre avec l'Etat islamique, selon François-Bernard Huyghe de l'Iris.

Serge Lazarevic, dernier otage français détenu dans le monde, apparaît dans une vidéo d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dont l'Elysée a confirmé "l'authenticité" dans la nuit de lundi à mardi, et qui constitue une "preuve de vie attendue" depuis plusieurs mois.

Barbe fournie, bonnet noir, tunique grise: dans cette séquence de moins de quatre minutes, Serge Lazarevic est filmé dans l'habitacle d'un pick-up. Il déclare en français être malade et estime que sa vie est en danger. Les dernières preuves de vie de Serge Lazarevic remontaient "au printemps".

"Pourquoi cette vidéo?", s'est interrogé le président François Hollande, en déplacement en Océanie. "Est-ce pour participer à cette espèce de montée dans l'extrême horreur, comme en Syrie? Ou veulent-ils rappeler qu'ils détiennent ces deux personnes pour souligner leur valeur?", a poursuivi le chef de l'Etat.

Selon l'entourage du président, la mention dans cet enregistrement de tractations autour d'un otage américain en Afghanistan laisserait plutôt penser que les ravisseurs considèrent leurs otages comme "un instrument de pression et d'échange".

"Un business de l'otage"

François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), émet deux hypothèses qui ne sont pas contradictoires. Il s'agirait d'abord d'une "piqûre de rappel" - ils détiennent cet otage depuis 1.090 jours - et d'un moyen de pression sur les négociations. "Il y a un business de l'otage mené par Aqmi qui fait d'eux un groupe très riche", ajoute-t-il. La deuxième hypothèse serait une forme de compétition médiatique avec l'Etat islamique, avec lequel Aqmi est en rivalité.

Différences de logiques entre EI et Aqmi sur les otages

Il s'agit d'un "signal fort" d'Aqmi pour dire "on existe", analyse Alain Juillet, ancien directeur du renseignement à la DGSE. "Aqmi a de moins en moins d'impact médiatique, sous la pression de Daesh", explique-t-il.

Alain Juillet ajoute que les deux groupes islamistes ne suivent pas la même logique quant aux otages. Pour Aqmi, il s'agit d'une "valeur marchande" alors que Daesh s'en sert pour montrer qu'ils peuvent tuer à tout moment. "EI veut un maximum de têtes qui roulent", abonde François-Bernard Huyghe.

Karine Lambin