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Protection ou argent, les axes de négociations entre la France et Aqmi

Deux des otages français au Mali.

Deux des otages français au Mali. - -

Enlevés au Niger il y a deux ans, les quatre otages français se retrouvent au coeur d'enjeux qui les dépassent. Entre menaces et ouvertures, la France et Aqmi peuvent-ils trouver un accord ?

"Nous annonçons, via ce communiqué, notre disponibilité aux négociations." L’invitation d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), placée en ouverture d’un texte menaçant d’exécuter purement et simplement les quatre otages français enlevés au Niger et retenus depuis maintenant deux ans au Sahel, a de quoi surprendre. D’autant que la France a pour habitude de clamer, non pas qu’elle ne négocie pas comme les Etats-Unis, mais qu’elle ne paye pas de rançons aux terroristes.

Deux axes dans le bras de fer qui oppose Aqmi à la France

D’un côté l’organisation terroriste dirigée par l'émir Abou Zeid craint le soutien logistique français à une intervention militaire, "inévitable" selon le président ivoirien Alassane Ouattara, dans le nord-Mali. Les trois régions administratives de Tombouctou, Gao et Kidal sont occupées depuis plus de cinq mois, et la tentative avortée de coup d'Etat, par différents groupes alliés d'Aqmi (Ansar Dine et le Mujao), qui multiplient les exactions en prétendant imposer la charia (loi islamique).

Anne Guidicelli, spécialiste des risques politico-sécuritaire au Sahel, explique : "Même si l’intervention n’est pas encore actée, Aqmi passe le message que si l’organisation pourrait souffrir d’une intervention, les otages également". Il s’agit de tenter de plomber l’initiative française, qualifiée de "folle" dans le communiqué de l’organisation. Pour autant, il semble compliqué pour la France de cèder à cette pression, car, si le risque est réel, le territoire en question représente des enjeux économiques et stratégiques importants.

L'intermédiaire idéal a la confiance des deux parties

Il est par conséquent probable que le président de la République, François Hollande, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius - qui a réaffirmé sa "déterlination" à libérer les otages - et le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian continuent de plancher sur un soutien diplomatique et logistique à l’action de forces armées africaines.

Pour autant, "il est évident que des intermédiaires, ce sont les procédures habituelles, vont être sollicités pour rétablir le contact. Le problème reste le profil de celui-ci: les deux parties doivent lui faire totalement confiance, c'est la difficulté" analyse Anne Guidicelli.

Près de 54 millions d'euros de fonds spéciaux

Car, d’autre part, Aqmi a un grand besoin de liquidités pour structurer, gérer et alimenter, le territoire immense qu’elle entend maintenir sous sa coupe. "Le versement d’argent est possible" estime Anne Guidicelli. Des chiffres oscillant entre 90 et 100 millions d’euros circulent régulièrement depuis le mois de mars 2011 où, alors ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé avait déclaré à ce sujet : "On ne peut pas négocier sur ses bases."

Comprendre que les exigences d’Aqmi sont bien trop élevées face au budget "fonds spéciaux", 53,9 millions d’euros en 2012, alloué à la Direction générale des services extérieurs (DGSE).

Ne pas financer la "prochaine prise d'otages"

Dans un ouvrage à paraître ("597 jours chez les fous" chez Plon), le journaliste Hervé Ghésquière, otage en Afghanistan avec Stéphane Taponier, révèle cette petite phrase glissée par Nicolas Sarkozy au moment sa libération : "Pour moi, ça n’a jamais été un problème, l’argent, on sait faire." Cette indiscrétion semble confirmer les informations de Frédéric Helbert sur BFMTV qui avait affirmé qu'une rançon avait été versée à Aqmi par la DGSE avant d'être contredit par Alain juppé.

Mais pour Anne Guidicelli, "il est clair que la France a conscience que le versement d’une rançon, contribue à financer la prochaine d’otage." L'autre possiblité reste donc, comme le rappelait l'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant sur Europe 1 au sujet d ela libération des infirmières bulgares, de trouver un accord sur "une contrepartie" matérielle.

Céder ou ne pas céder, dans ce genre de situations délicates, toutes les options stratégiques sont évaluées et menées de front. Ainsi, quand les otages français représentent un bouclier hypothétique et une potentielle manne financière pour Aqmi, ils restent un rouage parmi d’autres de la stratégie internationale de le France.

Toujours est-il que la diffusion le 8 septembre dernier par un media d’une vidéo des otages à la veille de la rencontre entre les familles et François Hollande était déjà un moyen d'intimidation. Face à la fermeté affichée, Aqmi a décidé d'accentuer la pression.