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Antoine Basbous: "Abou Zeid est le petit Ben Laden de la France"

Abou Zeid, dirigeant d'al-Qaïda au Maghreb islamique, le 25 décembre 2012

Abou Zeid, dirigeant d'al-Qaïda au Maghreb islamique, le 25 décembre 2012 - -

L'émir d'Aqmi, Abou Zeid, pourrait avoir été tué par un raid de l'armée française dans le massif des Ifoghas. Les vérifications sont toujours en cours mais ce serait un "succès" pour les militaires en cas de confirmation.

Jeudi, la chaîne algérienne Ennahar TV a annoncé la mort d'Abdelhamid Abou Zeid avec quarante autres islamistes au Nord du Mali. Une information que la France n'a pas confirmée, ni par la voix de la porte-parole du gouvernement, ni par celle du président François Hollande. Si la confusion demeure sur sa mort, le rôle central joué par Abou Zeid est au sein d'Al-Qaïda au Maghreb islamiste (Aqmi) est certaine.

Emir algérien d'une cinquantaine d'années, Abou Zeid est réputé pour être un chef sanguinaire. Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire du monde arabe et spécialiste de l'islam et du terrorisme islamiste, analyse pour BFMTV.com ce qui serait un "grand succès pour l'armée française". Interview.

Antoine Basbous, si la mort d’Abou Zeid était confirmée, comment faut-il analyser cette nouvelle ?

Si l’information se confirme, ce serait un grand succès militaire pour l’intervention au Mali. Si Abou Zeid a bien été éliminé, la France se serait débarrassée de son petit Ben Laden, car il est à la tête d’une katiba (phalange) d’Aqmi extrêmement engagée sur le front malien.

L'Algérie a aussi un intérêt à sa mort car il nargue son armée depuis bien longtemps, d’où une certaine coopération entre Paris et Alger sur ce dossier.

La France reste pourtant très prudente…

A raison, il ne faut surtout pas se précipiter. L’intérêt, c’est de communiquer la vérité et d'éviter un cafouillage comme récemment pour les otages au Cameroun. Il est essentiel d’éviter une annonce prématurée de sa mort car s’il venait à apparaître dans une vidéo, cela serait catastrophique en termes d’image. A l’heure actuelle, nous en sommes aux vérifications de l’information sur la base de réactions de terroristes faits prisonniers. Mais il y a deux autres niveaux.

D'abord, vérifier les cadavres à partir des portraits d'Abou Zeid, dont disposent les autorités. Mais, et c'est la troisième étape, la plus fiable, en ce moment même, les services algériens se procurent son ADN, via sa famille, pour le comparer avec les corps retrouvés sur les lieux de l’attaque.

En cas de confirmation, Aqmi est-il sévèrement touché et connaît-on déjà un possible successeur ?

Aqmi repose sur plusieurs émirs dans cette région et ceux-ci devraient se rencontrer pour choisir leur nouveau chef. Mais la tenue d’un Conseil de la Choura (Conseil des chefs d’Aqmi) est très délicate en ce moment car les émirs sont en fuite et traqués par les armées françaises et africaines. C’est un risque énorme que de se réunir tous en un même lieu car un missile pourrait détruire la tête de l’organisation.

Début janvier, ils se voyaient à Bamako et, aujourd'hui, ils se retrouvent dans le massif des Ifoghas, au Nord du Mali, sous le feu nourri des Français à changer en permanence de grotte. La période n’est pas favorable pour Aqmi et ce ne sont pas les attentats coups de poing, à Gao par exemple, qui auront changé la donne. Même s’il ne faut pas négliger les effets des actes de terrorisme, à l’arrière du front.

Que penser du sort des quatre otages, enlevés à Narlit au Niger en septembre 2010, et détenus par Abou Zeid ?

On ne peut pas savoir dans quelle mesure ils étaient proches de lui au moment du raid mais ce qui est certain, c’est que les otages constituent le trésor le plus précieux des chefs terroristes. Abou Zeid a fait fortune et assis son pouvoir de cette manière. Un groupe terroriste sans otages perd immédiatement de son poids et de sa valeur.

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Propos recueillis par Samuel Auffray