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Si l'Egypte s'effondre, tout le Moyen-Orient tombe

Gilles Kepel, spécialiste du monde arabe, était sur BFMTV et RMC ce lundi matin pour parler de l'Egypte.

Gilles Kepel, spécialiste du monde arabe, était sur BFMTV et RMC ce lundi matin pour parler de l'Egypte. - -

Gilles Kepel, politologue et spécialiste du monde arabe, était l'invité de BFMTV et RMC ce lundi matin, pour commenter la crise égyptienne.

"Il y a une espèce de tectonique des plaques qui se profile dans le monde arabe". Gilles Kepel, politologue et spécialiste du monde arabe, était l'invité de BFMTV et RMC ce lundi matin, pour commenter la situation en Egypte, où les affrontements entre l'armée et les pro-Morsi ont fait plus de 800 morts en cinq jours.

"Les Frères perçoivent al-Sissi comme un traître"

Gilles Kepel est notamment revenu sur la figure du général al-Sissi, l'homme fort de l'armée, qui mène la répression contre les Frères musulmans, et qui justifie les interventions sanglantes de l'armée comme une "lutte contre le complot terroriste".

"Aujourd'hui, les Frères musulmans perçoivent al-Sissi comme un traître", explique ainsi Gilles Kepel, rappelant qu'il avait été choisi par Mohamed Morsi, lui-même issu de la confrérie, comme ministre de la Défense. "C'est en lui que Morsi avait confiance. Il avait considéré que Sissi serait l'homme fort des Frères au sein de l'armée".

"Deux énormes minorités de clivage qui s'affrontent"

Et de rappeler que, "lorsque Mohamed Morsi a voulu s'emparer des pleins pouvoirs, fin 2012, toute une partie de sa base électorale, notamment les libéraux et les démocrates, l'a lâché. Ce sont eux qui ont grossi la foule des manifestants début juillet pour réclamer la fin de Morsi".

"Le paradoxe est que ceux qui avaient été réprimés par l'armée entre la chute de Moubarak et l'élection de Morsi, qui sont maintenant détachés de l'armée, appuient aujourd'hui cette dernière" dans sa répression des Frères, explique Gilles Képel.

"Aujourd'hui, on a donc deux énormes minorités de clivage qui s'affrontent en Egypte", résume le spécialiste, qui s'est rendu à plusieurs reprises en Egypte depuis plusieurs année et qui confie n'avoir "jamais vu pareille haine d'une partie de la société contre l'autre". "Lorsque je lis les blogs en arabe et je regarde les télévisions égyptiennes, j'ai l'impression d'entendre tout ce que j'ai toujours entendu dans la crise en Syrie", explique-t-il.

La stabilité régionale très menacée

Pour Gilles Kepel, avec cette crise égyptienne, c'est la stabilité de toute la région qui est menacée. "Ce qui se passe dépasse très largement les frontières de l'Egypte. On assiste à une espèce de tectonique des plaques dans la région, qui ne va pas s'arrêter là", estime-t-il. "L'Egypte est le géant arabe. S'il s'effondre, c'est tout le système du Moyen-Orient qui tombe. C'est notamment très dangereux pour Israël".

Quant aux menaces de l'Occident et notamment de l'Union européenne concernant ses aides à l'Egypte si les violences ne cessent pas, Gilles Képel considère qu'elles ne changeront rien. "L'Union européenne ne peut pas faire grand-chose car elle n'a pas de levier d'action dans la région. Ce n'est pas le chantage autour de l'aide qui va faire plier les dirigeants égyptiens".