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Ce que l'on sait sur la disparition du vol d'EgyptAir

Un avion de la compagnie EgyptAir reliant Paris au Caire avec 66 personnes à bord, dont 30 Égyptiens et 15 Français, s'est abîmé jeudi en Méditerranée après avoir disparu des écrans radar pour une raison encore indéterminée. Le point sur ce que l'on sait.

Qu'est-il arrivé au vol MS804 d'EgyptAir? Plus de 24 heures après sa disparition brutale des écrans radars, alors qu'il survolait la Méditerranée orientale sans problème apparent et dans un ciel clair, le mystère est toujours aussi épais. 

Ce vendredi, la découverte des premiers débris de l'Airbus A320 devraient donner un sérieux coup d'accélération à l'enquête, et permettre d'écarter relativement rapidement un certain nombre d'hypothèses. Le point sur ce que l'on sait du crash du vol Paris-Le Caire, qui transportait 66 personnes, dont 30 Egyptiens et 15 Français

> Qu'est-ce qui a été repêché? 

Des sièges d'avion de l'Airbus A320 d'EgyptAir et des valises ont été repêchés ce vendredi, au large des côtes égyptiennes. Ces premiers débris avaient été repérés dans la matinée, à 290 km au nord d'Alexandrie par les avions et navires déployés par l'armée égyptienne. "Les recherches se poursuivent et nous sommes en train de retirer de l'eau tout ce que nous trouvons", a fait savoir l'armée.

De son côté, le ministre grec de la Défense Panos Kammenos a précisé qu'un "membre humain, deux sièges et une ou plusieurs valises" avaient été retrouvés. Des satellites ont par ailleurs détecté une possible nappe de pétrole "à environ 40 kilomètres" de l'endroit où l'avion a disparu, selon l'agence spatiale européenne (ESA).

> Quels scénarios sont envisagés?

En plus des opérations de recherche avec l'Egypte, la Grèce et d'autres pays, la France a dépêché trois enquêteurs du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) accompagnés d'un conseiller technique d'Airbus, qui sont arrivés dans la nuit au Caire pour participer à l'enquête "de sécurité" sur les causes du crash.

Un attentat

C'est l'hypothèse privilégiée par l'Egypte et de nombreux experts. En cause, l'absence totale de message de détresse émis par l'équipage avant la chute brutale de l'appareil, qui a tourné en l'air en perdant rapidement de l'altitude. A Paris, on se montre pour l'heure extrêmement prudent, faute d'éléments tangibles.

Aucun groupe terroriste actif au Moyen-Orient, comme la branche égyptienne de l'organisation Etat islamique (EI) n'a encore revendiqué la disparition. Pour les experts comme pour le gouvernement égyptien, une explosion à bord semble un scénario très plausible, comme ce fut le cas pour l'avion de touristes russes d'EgyptAir, qui s'était littéralement désintégré en octobre dernier à la même altitude quasiment que celle de l'Airbus Paris-Le Caire. 

Une défaillance technique

Cette hypothèse n'est pas privilégiée par les experts, notamment en raison de l'absence de signal de détresse émis par l'équipage avant la disparition de l'Airbus. En outre, EgyptAir est une compagnie aérienne plutôt fiable et respectable. Reste que pour l'heure, cette piste n'a pas été totalement écartée par les enquêteurs. Livré à la compagnie en novembre 2003, cet Airbus A320 avait accumulé 48.000 heures de vol, ce qui est relativement peu, selon le constructeur aéronautique européen.

  • Un suicide des pilotes

Tout le monde a en thèse le précédent tragique du crash de l'avion de la Germanwings, qui avait été précipité contre un flanc de montagne par un copilote dépressif, Andreas Lubitz. Loin d'être privilégiée, la thèse d'un geste délibéré d'un pilote n'est pas à exclure. Peu d'informations ont filtré sur les deux pilotes du vol MS804. EgyptAir a simplement indiqué que le commandant affichait 6275 heures de vol au compteur, dont 2101 sur ce modèle d'avion. Il connaissait donc parfaitement ce type d'appareil. 

> Que sait-on de l'instant où l'avion s'est crashé?

Le vol MS804 a décollé de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle près de Paris peu après 23h, mercredi soir, et devait atterrir au Caire jeudi à 3h05 du matin. L'appareil se trouvait à une altitude de 37.000 pieds (plus de 11.200 m) lorsqu'il a soudainement "effectué un virage de 90 degrés à gauche puis de 360 degrés à droite en chutant de 37.000 à 15.000 pieds" avant de disparaître des radars, selon le ministre grec de la Défense, Panos Kammenos. Il a disparu des radars grecs à 2h29 alors qu'il venait d'entrer dans l'espace aérien égyptien. Une vingtaine de minutes plus tôt, le pilote n'avait pourtant signalé "aucun problème" aux contrôleurs aériens grecs. 

> Qui sont les victimes? 

L'avion transportait 66 personnes et parmi les 56 passagers, figuraient 30 Egyptiens, 15 Français, un Britannique, un Canadien, un Belge, un Portugais, un Algérien, un Soudanais, un Tchadien, deux Irakiens, un Saoudien et un Koweïtien. Voici les derniers éléments collectés sur les victimes françaises: 

Karim Swellam 

Ce jeune entrepreneur d'Argenteuil se rendait à un mariage en Egypte avec sa compagne, a indiqué la mairie de cette ville du Val-d'Oise, où ce franco-égyptien de bientôt 33 ans était très impliqué: "Il était pompier volontaire depuis longtemps, rugbyman du club de la ville et une personne très tournée vers les autres", a déclaré le maire d'Argenteuil, Georges Mothron. Dans la pépinière d'entreprise où se trouve la PME de quatre salariés, spécialisée dans la climatisation, "tout le monde était très choqué", a relaté le maire qui s'est rendu sur place jeudi après-midi. "C'est un malheur terrible. Mon adjoint l'avait vu il y a une dizaine de jours pour la signature d'un nouveau bail, agrandi, car l'entreprise marchait bien", a indiqué Georges Mothron.

Pierre et Quentin Heslouin

Ancien chef d'entreprise à la retraite, Pierre Heslouin, 75 ans, voyageait en Egypte avec Quentin, l'un de ses cinq enfants, pour "se changer les idées" et "remonter la pente après le décès de sa femme il y a un an", a indiqué Jacques Martin, maire de Nogent-sur-Marne, ville de banlieue parisienne où le retraité était très actif, notamment dans le milieu associatif. "C'était quelqu'un d'adorable, une personnalité joyeuse qui allait vers les gens. Il avait été à l'origine d'une association de parrainage de demandeurs d'emploi", a ajouté le maire.

  • Quentin, âgé d'une quarantaine d'années, était l'un des triplés de la famille. Il habitait Londres depuis plusieurs années et revenait souvent en France les week-ends pour rendre visite à son père.

Ahmed Helal

Né en 1975, Ahmed Helal était le directeur de l'usine Procter&Gamble d'Amiens, qui emploie 930 personnes. "C'était quelqu'un d'exemplaire qui était très apprécié par ses collaborateurs", a déclaré la filiale française du géant américain de produits de grande consommation. Dans un communiqué, la secrétaire d'État chargée des personnes âgées, Pascale Boistard, ex-députée de la Somme, a salué "un homme de valeur, un manager reconnu et apprécié pour ses qualités humaines". "C'est une grande perte pour le territoire d'Amiens", a-t-elle ajouté.

Une famille franco-algérienne vivant à Angers

  • Quatre membres d'une famille franco-algérienne installée à Angers, dont deux enfants en bas âge, étaient à bord. "C'était une famille appréciée, des gens bien", a déclaré le maire de la ville, Christophe Béchu. Le père de famille, commerçant en fruits et légumes, "faisait régulièrement le marché à Angers", où il était installé de longue date, a-t-il précisé. Le couple avait deux jeunes enfants, dont un bébé de quatre mois. Selon des voisins, le couple n'avait pas pris de vacances depuis longtemps et partait en Egypte pour se reposer.
C. P. avec AFP