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Germanwings: les confidences troublantes de Lubitz à ses médecins

Le jeune pilote à l'origine du crash de l'A320 était persuadé d'avoir des problèmes de vue. Grâce à des rapports médicaux et un email échangé avec son médecin, les enquêteurs ont pu retracer sa descente aux enfers.

Le 10 mars 2015, deux semaines avant le crash de l'A320 de la Germanwings, Andreas Lubitz envoie un email à son médecin. Il est épuisé: "Je continue à passer des nuits où je ne dors pas du tout. Mon temps de sommeil maximal est de deux heures par nuit (mais actuellement cette durée est rarement atteinte)", écrit-il.

En cause, des problèmes de vue qui inquiètent fortement le jeune homme. Depuis quelques semaines, un voile obstrue son champ de vision et un halo se forme autour des points de luminosité, rapporte Le Parisien. Il craint de devenir aveugle: un diagnostic qui mettrait fin à sa carrière de pilote, son rêve d'enfant. "Je ressasse cette idée sans cesse et le stress augmente", écrit-il.

Il court alors les spécialistes: ophtalmos, ORL, généralistes… Il en voit une trentaine entre janvier et mars. Mais les médecins ne trouvent pas l'origine de ses symptômes. Ils comprennent alors que les troubles d'Andreas Lubitz trouvent d'abord leur source dans sa tête.

"Psychose menaçante"

Un praticien le décrit comme un jeune homme "peu sûr de lui", "qui donnait l'impression d'être sous pression". Et confie même avoir pensé pendant l'examen: "mon dieu, je n'ai pas envie que cet homme-là soit aux commandes d'un avion". Le jeune homme a déjà connu un sévère épisode dépressif en 2009, dont il s'est sorti grâce à une psychothérapie. 

Mais cinq ans plus tard, dans son échange avec son psychiatre, il confie se sentir "mal à l'aise et incompris" face à l'approche de la psychologie. Insomniaque, il reste obsédé par ses problèmes oculaires: "(...) Il me faudrait d'urgence de l'aide pour dormir (...) Si je n'avais pas ce problème aux yeux, tout irait bien". 

Les médecins tranchent: le jeune homme souffre de "psychose menaçante". Deux médecins différents lui prescrivent un arrêt de travail. Des arrêts que les enquêteurs retrouveront ensuite chez lui, déchirés et jamais transmis à son employeur, la Germanwings.

Son dernier examen médical date du 20 mars et laisse entrevoir des progrès: Lubitz dort un peu mieux, il semble apaisé. Aux questions sur sa vie privée, il répond avoir de bons rapports avec ses parents, ses amis et sa femme. Quatre jours plus tard, il précipite un avion entier dans les Alpes, tuant 149 personnes.

A. K.