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Algérie: Bouteflika, candidat fantôme porté par une machine de guerre

Le grand absent des meetings de campagne de Bouteflika était... Bouteflika lui-même, qui n'apparaît que sur écran géant. Au premier plan, Amar Ghoul, ministre des Transports, crée l'ambiance.

Le grand absent des meetings de campagne de Bouteflika était... Bouteflika lui-même, qui n'apparaît que sur écran géant. Au premier plan, Amar Ghoul, ministre des Transports, crée l'ambiance. - -

En dépit de ses problèmes de santé, Abdelaziz Bouteflika brigue un quatrième mandat. Alors que les Algériens sont appelés aux urnes jeudi 17 avril pour élire leur Président, le chef de l'Etat, qui n'a pas fait campagne en personne, devrait tout de même se succéder à lui-même. Explications.

Le président Abdelaziz Bouteflika est candidat à sa propre succession pour un quatrième mandat à la tête de l'Algérie. Les Algériens sont appelés aux urnes dès jeudi pour le premier tour de l'élection présidentielle.

La campagne, qui a opposé le président sortant à son principal rival Ali Benflis, a été très dure. A 77 ans, celui qu'on présente toujours comme l'homme "fort" du pays apparaît pourtant très affaibli. Victime d'un AVC en avril 2013, Abdelaziz Bouteflika suit une rééducation pour récupérer ses facultés d'élocution et sa mobilité. Mais, la convalescence est longue et le Président a été contraint de faire campagne par procuration.

Soutenu par l'armée et le Front de libération nationale (FLN), il devrait malgré tout l'emporter. Décryptage.

Bouteflika, une campagne pour gérer l'absence

La campagne du président sortant tient du paradoxe. A la fois omniprésent dans les campagnes d'affichage et dépensant des sommes considérables pour sa promotion, Bouteflika a forcé ses communicants à redoubler d'imagination pour gérer sa quasi-absence. "C'est son absence qui prime. La campagne de Bouteflika a été faite comme s'il était un dieu, par des gens chargés de vanter ses mérites", analyse ainsi Antoine Basbous, politologue et directeur de l'Observatoire des Pays Arabes, auteur du Tsunami arabe (Fayard).

Cet état de santé pose un sérieux problème au candidat qui, lorsqu'il s'exprime, est "inaudible". A tel point que la moindre de ses interventions "doit être retranscrite par écrit". "Comment voulez-vous qu'il aille voter, sur une chaise roulante? Comment peut-il prononcer le discours de victoire ou prêter serment? Il ne le peut pas", martèle le spécialiste du pays, qui fait le constat d'une "rupture avec la réalité".

Un système encore là pour le soutenir

A-t-il au moins un bilan sur lequel s'appuyer, après quinze ans de pouvoir en Algérie? Ici encore, Antoine Basbous se montre très sceptique. "Son bilan ne permet pas de lui attribuer un quelconque mérite", analyse le chercheur. "Quand on le compare à De Gaulle ou à Churchill, son mérite est bien moins grand et pourtant ces deux hommes ont accepté d'être congédiés par les urnes".

Mais alors, si le pays se trouve en si mauvaise posture et a si peu avancé, comment se fait-il qu'il y en ait encore certains pour soutenir Bouteflika? Antoine Basbous explique qu'"un groupe qu'une certaine presse algérienne" qualifié de "système mafieux" continue à œuvrer pour que la corruption perdure. "Ces gens n'ont pas envie de s'arrêter en si bon chemin et de risquer d'être interrogés sur l'origine de cet enrichissement. Ils veulent garder Bouteflika en vitrine pour pouvoir 'grenouiller' derrière lui", constate-t-il encore. Qui sont-ils? "Des hommes d'affaires qui bénéficient des marchés publics et qui s'appuient sur le frère du président, Saïd Bouteflika".

Un pays en stagnation, miné par la corruption

La corruption, fait remarquer Antoine Basbous "n'a jamais atteint un tel niveau en Algérie" et se compte d'ailleurs "en milliards de dollars" pour certains ministres ou ex-ministres corrompus. Ainsi l'Algérie, dont 98% des recettes proviennent du pétrole et du gaz, est un pays où "malgré des richesses et des réserves immenses, les infrastructures sont en panne". La masse d'argent considérable dépensée par Abdelaziz Bouteflika n'aura en réalité servi qu'à "acheter la paix et soudoyer la population".

David Namias