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Nelson Mandela, au-delà du symbole, un grand homme

Nelson Mandela

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Les hommages se multiplient à travers le monde alors que l'Afrique du Sud pleure "Madiba", opposant historique au régime de l'apartheid. Mais derrière le symbole du prisonnier politique, il incarna ses idées et montra la voie à son peuple.

Le monde est en deuil et les hommages unanimes se succèdent pour saluer Nelson Mandela au lendemain de sa mort. "Madiba nous a appris comment vivre ensemble, à croire en nous-mêmes et en chacun", a sobrement réagi l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, insistant sur son legs plus que sur le "symbole". Car, c’est par l’exemple que Nelson Mandela a façonné sa légende et le profond respect qu’il suscite aujourd’hui.

Son combat politique contre la ségrégation raciale stricte en vigueur en Afrique du Sud et les vingt-sept années passées dans la minuscule cellule de Robben Island auraient pu le conduire à ériger la rudesse en philosophie de vie et la vengeance en programme politique. Son choix fut tout autre: à une réconciliation imposée, il préféra incarner l’unité, le pardon et la dignité.

" Le temps de construire est arrivé"

Comme le prouvent, aujourd’hui encore, des relations interraciales tendues et des disparités économiques constantes de Pretoria à Durban en passant par Johannesburg, la fin des inégalités ne se décrète pas. Elu en 1994, après les premières élections libres du pays, Nelson Mandela dit le jour de son investiture: "Il est temps de combler les fossés […] Le temps de construire est arrivé".

Du passé faisons table rase. Il rassure une majorité blanche qui craint les représailles et convainc une communauté noire, à juste titre méfiante, de suivre son pas. Nelson Mandela nommera dans la foulée un gouvernement où se côtoient noirs, blancs, indiens et métis et prendra pour hymne national un texte où se mêlent les langues zoulou, anglaise, afrikaans, xhosa et sotho.

"Ce moment qui aurait pu n'être que de la haine, il l'a remplacé en amour, il était plus que vrai, ses yeux montraient qui il était", a expliqué, vendredi sur BFMTV, Nicolas Hulot, qui a rencontré Mandela à deux reprises.

"Devenir de meilleurs êtres humains"

"Madiba" rencontra l’ancien chef d’Etat Pieter W. Botha et prit le thé avec la veuve du théoricien de l’apartheid, le Premier ministre Hendrik Verwoerd, assassiné en 1966 après huit années de mandat. "Il nous incitait à devenir de meilleurs êtres humains", témoigne le correspondant de l’AFP Bryan Pearson.

Ainsi, il organisa également un banquet pour le départ en retraite du chef des services secrets de l’apartheid, Niels Barnard ou invita à déjeuner Percy Yutar, le procureur qui le fit condamner pour "sabotage" et "complot" en 1963.

Ces décisions lui valent aussi les reproches de ceux qui regrettent l’absence de sanctions contre les responsables d’un régime raciste et violent. D’autant plus que l’apartheid n’est que peu condamné à l’échelle internationale à l’heure où tout mouvement revendicatif est vu comme un potentiel "péril rouge".

Seule la Fédération internationale de rugby interdira à l’Afrique du Sud de participer à la Coupe du monde 1987. Huit ans plus tard, maillot Springbok sur les épaules, Nelson Mandela contribuera au sacre de François Pienaar et de ses coéquipiers, poussant à la ferveur populaire interraciale autour d’un sport pratiqué par les blancs.

Prix Nobel en 1993

Mais "Madiba" refusait l’auréole du saint qu’il n’était pas, comme le relève un article de Slate.fr. "Le message de Nelson Mandela, c'est de revenir à plus d'humilité", dit encore Nicolas Hulot.

En 1993, quand il reçoit le Prix Nobel de la Paix, conjointement avec le président de l’époque Frédérik de Klerk, c’est "leur pacifisme" qui est salué. Et humblement, Nelson Mandela de vanter la clairvoyance de son co-lauréat pour avoir su "se rendre compte" de la situation.

Un système inégalitaire qu’il a lui combattu très tôt, parfois de manière radicale, au sein du parti de l’ANC, où le jeune avocat s’investit dès la création en 1944. Un système qu’il a déstructuré aussi, à contre-courant de sa pensée, dans les geôles pendant près de trois décennies.

Au-delà des hommages vantant son charisme certain et l’universalité de son message, Nelson Mandela, qui ne pouvait plus agir, rêvait peut-être à un successeur. Dans son pays ou dans le monde. Un être singulier à n’en pas douter.

Samuel Auffray