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80 journalistes tués dans le monde en 2018, un chiffre en nette hausse

Un portrait de Jamal Khashoggi lors d'une veillée d'hommage à Istanbul, le 25 octobre 2018.

Un portrait de Jamal Khashoggi lors d'une veillée d'hommage à Istanbul, le 25 octobre 2018. - Yasin Akgul - AFP

Le bilan annuel de Reporters sans frontières pointe une violence "inédite" contre les journalistes en 2018.

Les violences contre les journalistes repartent à la hausse. Quatre-vingts journalistes ont été tués dans le monde en 2018 pour avoir exercé leur mission d'information, une nette augmentation par rapport à 2017 où 65 journalistes avaient été tués, selon le bilan annuel de Reporters sans frontières (RSF) publié ce mardi.

Violence "inédite"

Parmi les victimes, 63 journalistes professionnels, soit une hausse de 15%, 13 journalistes non professionnels (contre 7 l'an dernier) et 4 collaborateurs de médias, souligne l'ONG basée à Paris, déplorant une violence "inédite" contre les journalistes.

Plus de la moitié des journalistes tués ont été "sciemment visés et assassinés", à l'instar de l'éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul le 2 octobre, et du journaliste slovaque Jan Kuciak tué le 21 février.

Haine revendiquée

"La haine contre les journalistes proférée, voire même revendiquée, par des leaders politiques, religieux ou des businessmen sans scrupules a des conséquences dramatiques sur le terrain et se traduit par une hausse inquiétante des violations à l'égard des journalistes", déplore Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. 

"Démultipliés par les réseaux sociaux, qui portent à cet égard une lourde responsabilité, ces sentiments haineux légitiment ces violences et affaiblissent, un peu plus chaque jour, le journalisme et, avec lui, la démocratie", s'inquiète-t-il, cité dans un communiqué.

Les victimes sont majoritairement des hommes (77 pour 3 femmes), travaillant localement (75 journalistes locaux et 5 étrangers).

L'Afghanistan, pays le plus dangereux pour les journalistes

C'est l'Afghanistan qui a été le pays le plus meurtrier cette année (15 journalistes y ont été tués), détrônant la Syrie qui occupait cette place depuis 2012 et reste deuxième pays le plus dangereux avec 11 journalistes tués.

Le 30 avril, un double attentat à Kaboul a tué neuf journalistes, parmi lesquels le photographe de l'AFP Shah Marai Fezi et des reporters de Radio Free Europe et Tolo News. Cet attentat est le plus important commis contre des journalistes depuis le massacre de Maguindanao en 2009 aux Philippines, dans lequel au moins 32 journalistes avaient été tués.

Autre fait notable pour RSF, près de la moitié des journalistes se sont fait tuer dans des pays en paix, comme le Mexique (9 journalistes assassinés, 3e pays le plus dangereux), l'Inde (6 morts) et les Etats-Unis (6 morts) qui font leur entrée dans ce triste palmarès après la fusillade sanglante contre la rédaction du Capital Gazette.

Hausse des détentions

Par ailleurs, le nombre de journalistes détenus dans le monde est lui aussi en hausse, souligne RSF: 348 contre 326 en 2017 (+7%), une augmentation qui concerne particulièrement les journalistes non professionnels.

Cinq pays détiennent à eux seuls plus de la moitié des journalistes emprisonnés: l'Iran, l'Arabie saoudite, l'Egypte, la Turquie et la Chine, plus grande prison de journalistes du monde avec 60 journalistes détenus, dont les trois quarts sont des non-professionnels.

La semaine dernière, pour sa traditionnelle édition consacrée à la personnalité de l'année, le magazine américain Time avait choisi de mettre à l'honneur les journalistes, à travers une série de quatre unes différentes, dont l'une était consacrée à Jamal Khashoggi. 

Adrienne Sigel avec AFP