BFMTV

1994: l'année où les Etats-Unis ont failli frapper en Corée du nord

William J. Perry, à droite, était secrétaire d'Etat à la Défense en 1994.

William J. Perry, à droite, était secrétaire d'Etat à la Défense en 1994. - WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Depuis le test d'un missile intercontinental par la Corée du nord ce mardi, les Etats-Unis sont montés au créneau. La dernière fois où les Etats-Unis ont sérieusement pensé à frapper la Corée du nord remonte à 1994.

La Corée du nord a testé, ce mardi, un missile intercontinental, dont des spécialistes estiment que la portée pourrait menacer l'Alaska. De son côté, Kim Jong-Un a qualifié l'essai du missile de "cadeau pour ces salauds d'Américains". Cette initiative hostile a poussé les Etats-Unis à réclamer la réunion en urgence du Conseil de sécurité des Nations-unies. Lors de celle-ci, ce mercredi, l'ambassadeur chinois a déclaré qu'une "réponse militaire ne devait pas être option" et Moscou que cette option était "inacceptable". Pour l'heure, le dossier nord-coréen est encore l'objet de discours plus ou moins bravaches et de tractations de la communauté internationale mais, en 1994, les choses sont allées bien plus loin, les Etats-Unis ne renonçant à frapper le régime nord-coréen qu'au dernier moment. 

"Op Plan 5027"

Cette année-là, à l'été, William J. Perry qui fut le secrétaire d'Etat à la Défense de Bill Clinton entre 1994 et 1997, a demandé formellement au Pentagone l'élaboration d'un plan pour des frappes "chirurgicales", selon l'expression consacrée, contre un réacteur nucléaire, situé à Yongbyon, en Corée du nord, rappelle le New York Times

L'idée était d'employer des missiles de croisière et des avions furtifs F117 contre la structure. Ce projet d'opération avait même reçu un nom de baptême, l'"Op Plan 5027", avait écrit en 1999 sur son site internet CNN qui s'est souvenu d'autres détails de cette période. En 1994, William J. Perry a fini par reculer face à la perspective de frappes. Des évaluations menées à l'époque estimaient que plusieurs centaines de milliers de personnes, peut-être un million, risquaient de mourir si un conflit succédait à une intervention américaine. Ces pertes n'auraient pas été à chercher parmi les forces américaines mais parmi les populations des deux Etats coréens, en cas d'assaut du régime alors dirigé par Kim Il-Sung sur son voisin du sud. 

Soudain, le téléphone sonne

Cependant, des préparatifs sont envisagés jusqu'au 15 juin 1994. Tout se joue lors de cette journée, au cours d'une réunion réunissant William J. Perry, le général John Shalikashvili, qui conduit alors les chefs d'Etat-major de l'armée américaine, le président Bill Clinton ainsi que divers responsables, à la Maison blanche. William J. Perry, et avec lui le Pentagone, plaide pour le renforcement de 10.000 soldats du contingent américain (fort de 37.000 hommes) dans la péninsule coréenne. Il souhaite aussi envoyer des avions dont des bombardiers à longue-portée. William J. Perry s'est aussi souvenu en 1999 que l'administration américaine était ce jour-là "sur le point de décréter l'évacuation des civils américains présent en Corée". La situation en est à ce point lorsque le téléphone sonne. 

A l'appareil, Jimmy Carter propose une médiation de dernière minute après qu'il a rencontré Kim Il-Sung, qui mourra d'ailleurs moins d'un mois plus tard. Ce coup de fil providentiel permet d'éviter l'ultime escalade. Dans les jours qui suivent, la Corée du nord accepte de geler son programme nucléaire en échange d'essence et de réacteurs militaires incapables de produire du plutonium dans un but militaire. Cet accord avait permis d'oublier définitivement l'"Op Plan 5027". 

Robin Verner