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"Sidération" du monde de la culture face au refus d'assouplir le couvre-feu

Une salle de cinéma (photo d'illustration)

Une salle de cinéma (photo d'illustration) - Pierre Verdy

Le monde de la culture fait part de sa déception face au refus d'assouplir les règles du couvre-feu. Roselyne Bachelot souhaite débloquer de nouvelles aides.

"Désarroi", "sidération": le monde de la culture a durement vécu vendredi le refus du Premier ministre d'assouplir le couvre-feu pour ce secteur frappé de plein fouet par la crise sanitaire.

"Nous sommes tout simplement désespérés, il n'y a pas d'autre mot", a réagi Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF). "On ne remet pas en cause le couvre-feu. Nous sommes des gens responsables. Mais pourquoi nous fermer la porte au nez quand nous demandons simplement des ajustements pour notre survie?".

Peu auparavant, le Premier ministre Jean Castex avait écarté l'idée d'un assouplissement du couvre-feu pour le monde de la culture. Décrété en Île-de-France et dans huit métropoles pour endiguer l'épidémie de coronavirus, pour le monde de la culture, arguant que "les règles doivent être les mêmes pour tous".

Roselyne Bachelot veut "le maximum de mesures compensatoires"

Quelques heures plus tôt pourtant, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, affirmait au Parisien qu'un assouplissement serait possible: les pièces et séances de cinéma pourraient se terminer à 21 heures et le public rentrer chez lui ensuite, avec le ticket comme justificatif en cas de contrôle policier.

"Les précautions sanitaires l'ont emporté. On peut le comprendre (...) Je passe à une autre phase du combat: c'est d'obtenir le maximum de mesures compensatoires", a-t-elle affirmé vendredi soir sur France 5. "Je ne suis pas désavouée: il y a un débat et je me bats". Et de promettre: "On va être à leur côté pour leur permettre d'affronter les charges fixes et le manque à gagner."

Pour tous les professionnels du secteur, c'est la douche froide: "On a le sentiment que le Premier ministre n'a pas entendu la question qu'on lui a posée", a déclaré à l'AFP Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la ville à Paris et du Festival d'Automne qui propose encore 28 spectacles - soit 120 représentations, d'ici au 1er décembre.

"On essaye de nous opposer aux professionnels de santé, desquels nous sommes solidaires à 100%. Mais à quand un débat de société pour dire que la culture fait aussi partie du soin pour se reconstruire? Nous ne sortirons pas de cette crise sans la culture", martèle-t-il, "sidéré" par cette annonce.

"Arrêt de mort"

Le Premier ministre assure aux acteurs du spectacle et du cinéma que l'État sera présent à leurs côtés, mais l'inquiétude est plus vive que jamais. Dans un communiqué commun, le spectacle privé, dont le syndicat national du théâtre privé (SNTP), demande à l'État de "renforcer le soutien au secteur" par des exonérations de cotisations sociales patronales ou par une garantie d'accès au fond de solidarité. Seule solution, selon eux, pour sortir de "l'impasse".

"Je pense à tous les théâtres pour qui c'est un arrêt de mort, (alors que) on va tous se balader, se croiser pendant les vacances de la Toussaint", pointe dans les colonnes du Figaro l'acteur Fabrice Luchini.

Repenser les horaires

Malgré l'émoi, l'heure est aussi à la réorganisation. Le groupe MK2, qui compte 200 écrans dont 68 à Paris, prévoit d'ouvrir ses salles dès 8 heures le matin pour permettre au public de venir plus tôt.

Au théâtre aussi, l'heure est à la débrouille: spectacles avancés à 19 heures, voire 18h30, ajout de représentations les week-ends et peut-être le matin... Tout est fait pour permettre la pérennité du spectacle vivant, qui se sent plus que jamais menacé.

Manque de nouveaux films

Pour le cinéma, la crainte est que les distributeurs déprogramment massivement les films ou pire, les cèdent aux plateformes, comme Netflix. "On lance un appel aux distributeurs. Il ne faut surtout pas déprogrammer les films. Qui viendra au cinéma s'il n'y a plus de films?", lance le patron des exploitants français.

Plusieurs films étrangers dont le dernier James Bond, Mourir peut attendre, ont retardé une nouvelle fois leur date de sortie, désormais prévue au printemps prochain. Mais "par solidarité", le film d'horreur sud-coréen "Peninsula", suite du Dernier train pour Busan, a finalement décidé de maintenir sa date initiale (21 octobre).

Tous les films à gros budget pourront-ils faire de même? Attendue en salles le 11 novembre, Aline, la fiction inspirée de la vie de Céline Dion, portée par Valérie Lemercier, superproduction franco-québécoise à 30 millions de dollars pourra-t-elle rendre le risque d'une billetterie réduite?

B.P. avec AFP