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La lettre ouverte de Valéry Giscard d'Estaing en hommage à son ami Jean d'Ormesson

L'écrivain Jean d'Ormesson le 31 janvier 2017

L'écrivain Jean d'Ormesson le 31 janvier 2017 - Joel Saget - AFP

Mort dans la nuit de lundi à mardi, Jean d'Ormesson fera l'objet d'un hommage solennel ce vendredi matin aux Invalides, en présence d'Emmanuel Macron. Ce jeudi soir, son confrère à l'Académie française, l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing, publie un adieu à son ami sur le site du Figaro.

On s'imaginerait mal appeler l'ancien président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, "Valy". Pourtant, c'est ainsi que l'ex-chef de l'Etat signe sa lettre ouverte à son défunt ami, l'écrivain Jean d'Ormesson, mort dans la nuit de lundi à mardi à 92 ans, une lettre publiée ce jeudi soir sur le site du Figaro.

A la veille de l'hommage solennel, présidé Emmanuel Macron, que recevra sa dépouille dans la cour des Invalides à Paris ce vendredi en fin de matinée, Valéry Giscard d'Estaing, que le commun des mortels appelle plus facilement "VGE", explique entre les lignes l'origine de cette familiarité: les deux futurs confrères de l'Académie française s'étaient rencontrés dans les années trente. Plaçant son adieu sous le signe de l'un des ouvrages de "Jean d'O", Au revoir et merci, il écrit ainsi:

"Merci, d'abord, d'être resté toi-même! Peu de gens le comprendront. Depuis que nous nous sommes rencontrés, toi âgé de huit ans et moi de sept ans, devant une porte fermée de l'avenue de Montespan, nos rapports sont restés les mêmes! Tu n'as pas changé et moi non plus."

Ils ne se sont pas pour autant perdus de vue. "Tu m'as toujours envoyé tous tes livres et je t'en remerciais chaque fois. Je n'ai trouvé dans notre correspondance, que je viens de relire, avec émotion, aucune trace d'envie", enchaîne-t-il. 

"Et maintenant vient le moment de te dire merci"

Valéry Giscard d'Estaing détaille ensuite les faits d'armes de son ami, son goût (et son art) de l'anecdote, son aisance à l'oral, et relève un passage particulier de la carrière d'académie de Jean d'Ormesson, évoquant l'entrée de la première femme écrivain dans la vénérable institution, Marguerite Yourcenar, événement largement encouragé par l'intercession de ce dernier. 

Enfin, il pose: 

"Et maintenant vient le moment de te dire merci. Tu m'as envoyé, cette dernière année, ton livre Guide des égarés. En le feuilletant, je suis tombé sur cette phrase: 'Nous ne savons pas pourquoi nous sommes nés et ce que nous devenons après la mort.' (...) Non! Nous ne le savions pas lorsque nous avons fait connaissance devant la grille fermée, et nous ne le savons pas plus aujourd'hui, alors que la mort vient te dérober à nos yeux. Mais comme toujours, tu as une longueur d'avance! Tu le sauras avant moi."

Robin Verner