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Lactalis relance la bataille du camembert "fabriqué en Normandie"

Depuis le 1er janvier, il faut bénéficier de l'appellation AOP pour inscrire "Fabriqué en Normandie" sur l'étiquette de son camembert.

Depuis le 1er janvier, il faut bénéficier de l'appellation AOP pour inscrire "Fabriqué en Normandie" sur l'étiquette de son camembert. - Ludovic Marin / AFP

Privé de la mention "fabriqué en Normandie" pour son camembert Président, le géant laitier contre-attaque et y appose désormais la ligne suivante: "Fabriqué dans l'Orne".

La "guerre du camembert" n'est pas encore finie. Depuis le 1er janvier, les grands industriels comme Lactalis ne peuvent plus écrire sur les étiquettes de leurs fromages la mention "Fabriqué en Normandie". En cause, une décision de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), rendue en juillet dernier, qui a donné raison aux producteurs AOP, qui bataillent depuis des années pour que cette mention leur soit réservée.

Lactalis a été contraint de s'y plier, mais n'a pas encore rendu les armes: désormais, sur les boîtes de son camembert Président, le groupe précise… "fabriqué dans l'Orne", le département normand où se situe l'usine de production de son best-seller du rayon frais des supermarchés. Bien moins vendeur que le "made in Normandie", le groupe laitier joue la carte de l'offensive en faisant la promotion de sa nouvelle appellation dans une publicité diffusée dans le quotidien Ouest-France.

60.000 tonnes vs. 6000 tonnes

Le Président n'est pas seul: on peut désormais lire "Fromagerie de Ducey – Manche" sur l'étiquette du Cœur de Lion, "Fabriqué dans le Pays d'Auge" sur celle du Lanquetot, qui appartient aussi au groupe Lactalis, ou tout simplement "fabriqué en France" voire "lait français" pour les marques de distributeurs. Ce changement d'étiquette n'est pas anodin: on compte chaque années 60.000 tonnes de camembert jusqu'alors nommé "Fabriqué en Normandie", contre 6000 tonnes pour les camemberts AOP.

La décision de la DGCCRF a été une victoire importante pour les petits acteurs de la filière, qui avaient refusé de revoir le strict cahier des charges pour y inclure ces grands industriels, qui n'utilisent pas de lait cru par exemple, plaidant la confusion pour le consommateur. Ils les accusaient notamment d'utiliser du lait provenant de régions différentes, ou d'autres pays, et de se prévaloir d'une fabrication en Normandie qui n'évoquerait que la localisation de la production et non les ingrédients utilisés.

Jérémy Bruno