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Le stress rend les poissons mâles

Le poisson-clown est hermaphrodite. (Photo d'illustration)

Le poisson-clown est hermaphrodite. (Photo d'illustration) - Joe Klamar - AFP

Une équipe de chercheurs de l'Ifremer module les conditions de stress vécues par des larves de bars, notamment via la température, afin d'observer l'évolution de leur sexe et les mécanismes impliqués.

Comment le stress affecte-t-il le sexe des poissons? Chez les vertébrés, comme les poissons, les reptiles et les amphibiens, plusieurs espèces peuvent changer de sexe au cours de leur vie. C'est notamment le cas des Serranus tortugarum, qui peuvent évoluer plusieurs fois au cours d'une même journée.

Les facteurs environnementaux peuvent aussi influencer le ratio de mâles et femelles parmi leur progéniture, constate une étude française publiée ce mois-ci dans la revue scientifique Trends in Ecology and Evolution. Cela peut se produire avant la naissance (soit la détermination du sexe), à travers la mère, mais aussi après l'éclosion des oeufs (soit la différenciation); le sexe des larves de certains poissons peut encore évoluer, et ce notamment à cause du stress ressenti par les animaux.

Forte température, densité ou acidité de l'eau influent sur le sexe

C'est sur cette hypothèse que se sont penchés des chercheurs dans le cadre d'un projet de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer).

Parmi eux, Benjamin Geffroy, chercheur en physiologie-écologie, confirme dans un communiqué qu'ils se sont "récemment aperçus que chez les poissons, tous les facteurs environnementaux pouvant être perçus comme stressants conduisent à la masculinisation des individus chez les différentes espèces étudiées". Soit, par exemple, "la forte température, la densité ou l'acidité de l'eau".

Avec une tendance à la hausse de la température des océans ces dernières années, cette sensibilité aux facteurs extérieurs pourrait poser problème à long terme: si les poissons deviennent tous du même sexe, leur reproduction et donc leur survie pourraient être menacées.

Suivre l'évolution du cortisol

A la station expérimentale de Palavas-les-Flots, dans l'Hérault, les scientifiques testent donc la réaction de larves de bars à leur environnement. "Ici on essaie de voir si en diminuant les niveaux de stress chronique, on peut essayer de faire plus de femelles et essayer aussi de comprendre les mécanismes par lesquels l'hormone du stress, le cortisol, va jouer sur les autres hormones: oestrogène et androgène", explique sur notre antenne Benjamin Geffroy.

Depuis mars, ils soumettent des lots de bacs à trois conditions: une lumière bleue plus apaisante pour les premiers, une nourriture enrichie en triptophane - précurseur de sérotonine - pour le deuxième lot, et une densité moindre de poissons pour les derniers.

En effet, souligne le scientifique dans le communiqué, "la température n'est pas le seul critère" mais "un facteur de stress parmi d'autres". Toutefois, expose-t-il au micro de BFMTV, "s'il y a un changement global, au même moment, sur toute la planète, et que les espèces sensibles à la température changent de sexe, on comprend bien qu'effectivement il n'y aura plus qu'un seul sexe et donc plus de reproduction possible".
Liv Audigane