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Zineb El Rhazoui donne la parole aux rescapés du 13-novembre

Les abords du Bataclan au soir du 13 novembre.

Les abords du Bataclan au soir du 13 novembre. - AFP

Rescapée de Charlie Hebdo, la reporter Zineb El Rhazoui publie un livre de témoignages sur les attentats du 13 novembre. Treize récits croisés de survivants et de témoins directs de l'attentat le plus meurtrier de l'histoire de Paris.

Treize témoignages. Dans 13, publié ce jeudi aux éditions Ring, la journaliste rescapée du massacre de Charlie Hebdo, Zineb el Rhazoui, donne la parole à des témoins directs et des rescapés des attentats du 13 novembre, qui ont fait 130 morts et plusieurs centaines de blessés. 

Celle qui vit toujours sous protection policière depuis les attentats de Charlie-Hebdo, a écouté les récits des rescapés, pompiers, médecins, policiers, mais aussi des proches des terroristes.

Des détails crus "pour faire comprendre"

Dans son livre, Zineb el Rhazoui n'épargne pas les détails crus, "indispensables pour faire comprendre l’état de sidération des survivants après de tels massacres", explique-t-elle. Le commissaire central Dimitri Kalinine fut l'un des premiers policiers à découvrir le massacre à l'intérieur de la salle de concert.

"Je passe devant le bar, je monte les quelques marches, je vois des corps partout, fauchés violemment au moment où ils s'amusaient, ils sont contre les barrières ou empilés les uns sur les autres, ensanglantés, les plaies sont affreuses, des os saillants, des membres arrachés, il y a des trous béants. Et ces portables qui continuent de sonner dans leurs poches...", se souvient-il.

"Je n'avais jamais pleuré de douleur"

K, un pompier de 27 ans, s’est vu mourir sous les balles de Samy Amimour, l'ancien chauffeur de bus de la RATP, qui a abattu les spectateurs du Bataclan "les uns derrière les autres, comme des dominos".

"J'ai eu mal quand on m'a amputé, encore plus mal que quand je me suis pris les deux balles dans la jambe. La nuit, je me suis réveillé plusieurs fois tellement j'avais mal. Je n'avais jamais pleuré de douleur", se remémore K. 

Patricia Correira, qui a perdu sa fille unique, Precilia, est habitée par la violence. "Je me suis surprise, lorsque j'ai vu le visage de Salah Abdeslam, à donner un coup de poing à mon téléviseur", raconte-t-elle.

"Je tape parfois contre les murs. Je suis révoltée en permanence. On m'a pris ce que j'avais de plus cher au monde, on m'a arraché le fruit de ma chair, on l'a massacré".

Les "oubliés" du 13 novembre

Et puis il y a les "oubliés" du 13 novembre. Blessé grièvement par l'une des explosions au Stade de France, Aca, qui a eu le corps perforé d'éclats de métal, n'a pas été invité à l'hommage aux victimes du 13 novembre dans la cour d'honneur des Invalides.

"C'était comme si c'était une deuxième explosion pour moi. Mentalement, on pouvait supporter ce qui nous arrivait, mais ne pas être reconnu en tant que victime, ça, c'était dur. Je suis devenu agressif", témoigne-t-il. 

L'urgentiste et chroniqueur à Charlie Hebdo Patrick Pelloux, qui travaillait ce soir là à l'hôpital Necker, n'hésite pas à évoquer "un carnage, un génocide, un crime contre l'humanité comme à Oradour-sur-Glane. Les médecins qui sont intervenus en sont restés très marqués".

"Accepter que la guerre arrive à Paris"

Des scènes de guerre décrites dans la même veine par Jean-Pierre Tourtier, médecin-chef de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris, intervenu rue Bichat et au Bataclan. "C'est très difficile pour un militaire d'accepter que la guerre arrive à paris, parce que s'il y a bien une motivation pour devenir militaire, c'est bien la suivante: s'engager à l'étranger pour que la guerre n'arrive jamais en France", raconte-t-il. 

La rescapée de Charlie Hebdo donne également la parole à Houari Mostefaï, frère aîné d'un des assaillants du Bataclan.

"Comment a-t-il eu le cœur à se faire exploser alors qu'il venait d'avoir un bébé?", enrage-t-il. "Qu'est-ce qu'il est allé foutre en Syrie? C'est quand même pas un endroit pour élever des gosses! C'est un pays en guerre où des têtes coupées sont exposées au bout de piques!".

A. D. et C. P.