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Troubles mentaux des détenus: le contrôleur des prisons fait un constat "accablant"

Image d'illustration prison

Image d'illustration prison - Kenzo Tribouillard - AFP

Le contrôleur des prisons françaises note notamment "la méconnaissance des pathologies affectant la population pénale" et "l’insuffisance des moyens institutionnels de leur prise en charge".

Le constat "accablant" des "carences de la prise en charge de la santé mentale des personnes détenues et leurs lourdes conséquences". Dans un avis publié ce vendredi, le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) pointe du doigt la gestion des prisonniers atteints de maladies mentales et dresse la liste des insuffisances dans les soins qui leur sont apportés.

Le CGLPL note "des pathologies lourdes aggravées par l'enfermement et l'isolement, un risque de suicide accru et des conditions de détention qui perturbent l'accès aux soins, nuisent à leur efficacité et, finalement, privent la sanction pénale de son sens".

"La méconnaissance des pathologies"

Trois facteurs sont à l'origine de cette situation selon le CGLPL: "la méconnaissance des pathologies affectant la population pénale, l’insuffisance des moyens institutionnels de leur prise en charge et la banalisation d’atteintes quotidiennes aux droits fondamentaux, parfois de faible gravité, mais récurrentes".

Le contrôleur note par exemple que les surveillants de prison, formés à la sécurité, sont "mal armés pour comprendre la maladie mentale". Il réclame que ces derniers soient formés pour pouvoir détecter et gérer ces détenus.

Des législations permettant à certains prisonniers malades de voir leurs peines suspendues pour raisons médicales sont très rarement accordées "faute notamment d’un repérage pertinent des personnes susceptibles d’en bénéficier (expertises insuffisantes, personnel mal formé) et de l’absence de structure d’accueil", déplore également le CGLPL.

Un accès aux soins inégal

Les moyens pour l'accès aux soins sont en somme "insuffisants". "La progression inquiétante du nombre de détenus en maisons d'arrêt et la surpopulation chronique qui en découle n'ont pas été accompagnées d'un développement des moyens de santé", déplore à l'AFP la contrôleure générale des lieux de privation de liberté Adeline Hazan.

Le CGLPL critique notamment l'inégalité de répartition sur le territoire des UHSA (unité hospitalière spécialement aménagée), permettant une hospitalisation complète des malades. Adeline Hazan dénonce aussi une continuité des soins "insuffisante", ce qui conduit certains patients à entrer dans "un cycle sans fin d'hospitalisations et de retours en détention après un rétablissement toujours incomplet".

La CGLPL recommande donc "le développement de structures hospitalières sécurisées afin d'assurer une prise en charge adaptée, y compris de longue durée, aux personnes détenues souffrant de troubles mentaux".

"Vos observations sont, sur bien des points, partagées par le ministère de la Justice et celui des solidarités et de la santé ainsi qu'en atteste la feuille de route santé 2019-2022 conçue pour y apporter des réponses concrètes", a répondu la ministre de la Justice, dans un avis publié au Journal Officiel, rappelant qu'un groupe de travail interministériel constitué fin 2019 mettra en oeuvre plusieurs orientations en ce sens.

Salomé Vincendon