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Smartphone, réseaux sociaux: quand le numérique aggrave les violences conjugales

Une manifestante du mouvement #MeToo, à Marseille, le 29 octobre 2017.

Une manifestante du mouvement #MeToo, à Marseille, le 29 octobre 2017. - Franck Pennant - AFP

Une étude publiée ce mardi par le centre Hubertine Auclert met en lumière le phénomène du cybersexisme, dont seraient touchées 85% des victimes de violences conjugales.

En témoigne le mouvement #MeToo, le numérique a permis de libérer la parole des femmes ces derniers mois. Mais il est aussi à l’origine d’une autre forme de violence, moins connue du grand public, celle du cybersexisme. Ce mardi, le centre Hubertine Auclert pour l’égalité femme-hommes, associé à la région Ile-de-France, publie sa première étude sur le phénomène.

De septembre 2017 à septembre 2018, l’Observatoire régional a mené des entretiens auprès des professionnels (psychologues, juristes...), représentants d’associations et interrogé 212 femmes victimes de violences, âgées de 18 à plus de 50 ans. Le constat est sans appel: 85% d’entre elles déclarent avoir subi des cyberviolences de la part de leur partenaire ou ex-partenaire sur les douze derniers mois.

Cinq formes de cybersexisme

L’étude met en lumière cinq formes de cybersexisme, qui permet aux agresseurs “d’humilier, de harceler et tenter de contrôler” leurs victimes. La première, la plus répandue, concerne le cybercontrôle, qui se caractérise par des “comportements répétés visant à connaître et vérifier régulièrement les déplacements et relations sociales” du partenaire. 8 femmes sur 10 se déclarent en être victimes.

80% des interrogées assurent aussi avoir été la cible de cyberharcèlement, notamment par des messages de menaces ou d’insultes. Vient ensuite la cybersurveillance, qui peut passer par la géolocalisation du partenaire, à son insu ou de façon imposée. L’enquête avance également le cas de cyberviolence sexuelle, qui concerne une femme sur trois. Elle s’illustre par le fait d’utiliser des moyens technologiques pour filmer ou photographier le partenaire dans l’intimité, puis de diffuser, ou de menacer de diffuser les images.

Moins évident, le centre Hubertine Auclert évoque le cas de victimes de cyberviolence économique ou administrative, par exemple lorsque l’ancien compagnon change les mots de passe des comptes bancaires. Enfin, les cyberviolences via les enfants concernent 34% des femmes interrogées. Il s’agit de continuer d’exercer un contrôle sur le partenaire, par le biais d’un contact avec l’enfant, à travers les réseaux sociaux ou le smartphone.

Plus de 6 fois sur 10, les victimes ne portent pas plainte

Les conséquences de ce cybersexisme, allant de l’isolement au problème de sommeil, sont nombreuses. Mais 66% assurent ensuite ne pas avoir porté plainte. Pourtant, la loi prévoit un cadre pour la plupart de ces délits, comme le harcèlement moral, puni d’une peine de 3 à 5 ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende.

Le rapport encourage donc à mieux appliquer les lois en vigueur, tout en améliorant la formation des professionnels. Des avancées qui permettraient de mieux protéger numériquement les victimes, notamment lors de la séparation avec le conjoint.

Esther Paolini