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Seine-Maritime: deux semaines après l'incendie de l'usine Lubrizol, l'exaspération des agriculteurs

Malgré les promesses d'indemnisation à venir, les agriculteurs veulent la levée des restrictions de vente. "Faut qu'on sache où aller, on a besoin d'avancer", s'inquiètent-ils au micro de BFMTV.

À Sommery (Seine-Maritime), Pascal Hénache vend d'ordinaire en direct à ses clients. Mais les étalages de son magasin sont désormais "vides". Comme environ 3000 exploitations agricoles, il est toujours concerné par des restrictions de vente, deux semaines après l'incendie de l'usine Lubrizol de Rouen. Et comme d'autres, malgré l'annonce de l'indemnisation de la part de l'entreprise et l'État, il ne cache plus son désarroi.

"Plus ça va aller, moins on aura de chose à vendre. Vivement qu'on ait des bonnes nouvelles", s'inquiète-t-il au micro de BFMTV. "Le plus inquiétant ça va être la saison prochaine, si le sol a été infecté, comment on peut être crédible maintenant avec ce qui est arrivé? Ça va prendre du temps de faire revenir les clients."

"Ça rumine dans nos têtes"

S'ils ne reviennent pas rapidement, Pascal Hénache craint de ne pas être assez solide pour poursuivre son activité. Une situation difficile à supporter aussi pour ses proches: 

"Ma femme et moi, on veut plus en parler, ça va pas très bien, ça rumine dans nos têtes. Faut qu'on sache où aller, on a besoin d'avancer. Si on nous dit d'arrêter de bosser, parce qu'on peut plus, mais faut au moins avoir une information", ajoute-t-il.

À une trentaine de kilomètres, dans la commune de Bosc-Guérard-Saint-aussi, l'heure est également à l'impatience pour Adrien Bruno Ledru, producteur laitier.

"Je jette mon lait tous les deux jours, plus de 20.000 litres jetés. On passe nos journées à bien travailler et on vous annonce tous les trois jours qu'il faut mettre votre travail à la poubelle trois jours de plus. Ce n'est pas facile à vivre", souffle-t-il devant nos caméras.

Entre 40 et 50 millions d'euros de préjudice

Le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation Didier Guillaume a d'ailleurs reconnu vendredi que "l"urgence de l'urgence c'est le laitier" même "s'il faudra que tous les secteurs soient indemnisés le plus vite possible." Au total, l'incendie de l'usine Lubrizol a causé aux agriculteurs un préjudice global estimé "entre 40 et 50 millions" d'euros, estime le ministre.

L'avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses), à la suite des analyses complémentaires menées sur l'ensemble des productions agricoles, sera rendu "probablement mardi ou mercredi", a précisé l'un de ses responsables auprès de l'Agence France Presse. Si cet avis est favorable, le préfet de Seine-Maritime Pierre-André Durand a promis de lever son arrêté imposant les restrictions aux agriculteurs "le jour même". "Ce sera immédiat", a-t-il assuré.