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Scandale des dons de corps à la science: à Paris, les familles réclament "des réponses"

Rassemblement du collectif des Proches des victimes du charnier de Descartes, le 27 février 2020, devant la faculté de médecine de Paris.

Rassemblement du collectif des Proches des victimes du charnier de Descartes, le 27 février 2020, devant la faculté de médecine de Paris. - Esther Paolini

Les familles de personnes ayant donné leur corps au Centre de don de Paris-Descartes se sont réunies ce jeudi. Lors d'une rencontre, la direction de l'Université a témoigné de "son empathie, sa volonté d'aller de l'avant et de collaborer aux enquêtes".

L'amertume dominait ce jeudi devant la faculté de médecine de Paris. Sous une pluie battante, le collectif réunissant des proches des victimes du charnier de Descartes s'est rassemblé aux portes du Centre de don des corps (CDC), qui a conservé des dépouilles dans des conditions indignes. Brandissant des portraits des disparus, les familles n'avaient qu'une question aux lèvres: "Qu'en a-t-on fait?"

"C'est comme vandaliser une tombe!"

Pendant de longues minutes, les proches des donateurs se sont tenus côte à côte en silence. Ils étaient de parfaits inconnus il y a encore trois mois. Depuis, L'Express a révélé que le corps de l'un des membres de leur famille avait été entreposé sans aucun respect des conditions d'hygiène. Sous les capuches, on évoque "des corps attaqués par des souris", "la putréfaction des dépouilles dans des chambres froides défectueuses", des "mouches et des vers".... Avec ces images d'horreur, les familles partagent désormais un même besoin de réponses.

La mère de Florence, Andrée, est morte en 2001. Son corps a été donné au Centre de don de Paris-Descartes et depuis, elle ignore ce qu'il est devenu:

"J'aurai dû avoir des nouvelles au bout d'un an et demi de ce qu'était devenu le corps de ma mère. Mais je ne savais pas que j'avais le droit d'être informée. En réalité, il n'y a eu aucun suivi. Maintenant, il nous faut des réponses."

La petite-fille d'Andrée ne cache pas sa colère contre l'administration du Centre: "C'est des médecins, des professionnels, qui sont censés respecter la dignité des corps. C'est comme vandaliser une tombe!"

Florence et sa fille au rassemblement des Proches des victimes du charnier de Descartes, le 27 février 2020, à Paris.
Florence et sa fille au rassemblement des Proches des victimes du charnier de Descartes, le 27 février 2020, à Paris. © Esther Paolini

"Jusqu'à présent, on nous a envoyé paître"

Dans la foule, il y a aussi ceux dont un proche est encore en vie et inscrit sur la liste de donateurs. Depuis que le scandale a éclaté, ils n'ont plus confiance: "Ma mère est encore vivante. Que va-t-il se passer si elle décède bientôt?", s'inquiète une quadragénaire. Face à cette angoisse, la direction de l'Université s'est d'abord murée dans le silence. "Jusqu'à présent, on nous a envoyé paître", s'indigne Baudoin Auffret, porte-parole du collectif.

Mais la mobilisation semble depuis porter ses fruits. En début d'après-midi, une réunion s'est tenue avec la direction, où l'Université a montré "son empathie, sa volonté d'aller de l'avant et de collaborer aux enquêtes", souligne auprès de BFMTV.com Baudoin Auffret. Paris-Descartes s'est ainsi dite favorable à l'ouverture de certaines archives aux familles des donateurs. 

Des corps pour des crash-tests automobiles

Le porte-parole du collectif ajoute que "l'étau se resserre" autour des personnes qui ont pu "franchir la ligne". En première ligne sont visés Frédéric Dardel, l'ancien président de l'Université et actuel conseiller de la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal, et le professeur Guy Vallancien. L'éminent chirurgien est soupçonné, selon L'Express, d'avoir monté en 2001 au sein de l'Université, une société anonyme pour revendre des corps, notamment aux industriels pour leurs propres tests, comme des crash-tests automobiles. Un scandale dans le scandale.

Depuis les révélations, Le Centre du don des corps a fait l'objet d'une fermeture administrative. 24 familles ont porté plainte pour "atteinte à l'intégrité d'un cadavre" au parquet de Paris. Au moins huit autre doivent suivre, nous indique Baudoin Auffret. Une enquête de l'inspection générale des affaires sociales (IGAS) est aussi en cours. Elle doit rendre ses conclusions à la ministre d'ici fin mars.

Esther Paolini