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Don de corps à la science: une fac de médecine accusée d'avoir stocké des cadavres dans des conditions déplorables

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Photo d'illustration - Philippe Lopez - AFP

Une enquête de L'Express révèle que le Centre du don des corps de la faculté de médecine René Descartes, à Paris, a stocké durant des décennies des dépouilles léguées à la science dans des conditions éthiques et sanitaires indignes.

La faculté de médecine René Descartes est touchée par un scandale de grande ampleur révélé mardi 26 novembre par une longue enquête de L'Express. Le magazine dévoile que l'établissement, au sein duquel se situe l'un des deux Centres du don des corps de l'agglomération parisienne, a accueilli durant plusieurs décennies dans des conditions déplorables et contraires à toute éthique des corps de personnes en ayant fait don à la science. L'Express, qui s'est procuré des photos des lieux où étaient stockées les dépouilles, assure que les clichés sont choquants.

Dans le Centre du don des corps de la faculté, les morts étaient souvent empilés sur des brancards, accumulés dans des couloirs. De nombreux corps étaient démembrés, nus, avaient les yeux ouverts, étaient en état de décomposition avancés ou étaient dévorés par des rongeurs.

Durant son enquête, L'Express s'est également vu souligné par plusieurs témoins l'état de vétusté avancée du Centre du don des corps de la faculté du quartier latin. Rouille, carrelage si sale que les techniciens de surface ne parviennent plus à le nettoyer, portes des chambres froides qui ne ferment pas, absence de climatisation et de ventilation, fuites de vapeurs toxiques... La liste est longue. Sans oublier les cadavres parfois transportés dans les ascenseurs utilisés par le grand public.

Selon des témoignages, il n'était ainsi pas rare que des corps légués à la science afin d'être utilisés pour former de jeunes médecins soient jetés et incinérés en raison de leur état de décomposition avancée.

L'inaction de la direction

La situation a perduré longtemps, malgré les tentatives de plusieurs membres du comité d'éthique du Centre de don des corps d'interpeller les pouvoirs publics sur la situation. Le Professeur Richard Douard, directeur du CDC de 2014 à 2017, a par exemple envoyé un courrier à Frédéric Dardel, à l'époque président de Paris-Descartes et désormais conseiller de la ministre de la Recherche et de l'enseignement supérieur Frédérique Vidal. Le but: faire état de la situation, photos à l'appui, et réclamer du changement.

Mais Frédéric Dardel assure ne pas avoir eu alors les fonds nécessaires pour des rénovations. Une inertie qui a poussé Richard Douard à démissionner en 2017. Tout comme plusieurs autres membres du comité d'éthique du centre.

Une plainte déposée par un syndicat de médecins 

À la suite de la révélation de ce scandale sanitaire et éthique par L'Express, L'Union française pour une médecine libre (UFML) a annoncé qu'elle allait porter plainte.

"Ça m'a glacé d'effroi parce que c'est à l'opposé de ce qu'on doit être quand on est médecin", a réagi sur franceinfo Jérôme Marty, président du syndicat de médecins. Les gens qui n'ont rien dit, qui ont laissé faire, sont à mon sens totalement coupables et cette affaire déconsidère profondément cette profession, je crains que cela déconsidère la profession et l'anatomie française", déplore-t-il.

Après un grand "nettoyage" et des incinérations en masse en 2017 et 2018, des travaux de rénovation du CDC ont finalement été votés. Mais ils ne démarreront qu'en 2020.

Juliette Mitoyen