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Pourquoi Sainte-Rita cristallise autant les passions?

L'église Sainte-Rita était devenue depuis quelques mois un bastion de l'extrême droite et catholiques traditionalistes.

L'église Sainte-Rita était devenue depuis quelques mois un bastion de l'extrême droite et catholiques traditionalistes. - EOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

L'église Sainte-Rita, devenue une "ZAD catholique" a été évacuée mercredi matin en dépit de protestations et d'une longue bataille judiciaire.

L'église Sainte-Rita, sise rue François Bonvin dans le 15e arrondissement de Paris, a finalement été évacuée. Elle était depuis longtemps prise dans une tourmente judiciaire à épisodes que l'édifice néo-gothique a peut-être bravé pour la dernière fois, mercredi matin. Les protestations des fidèles et les hauts cris de la dizaine d'élus de droite - portant l'écharpe républicaine - venus s'opposer à la démolition de l'église de la patronne des causes désespérées, n'y ont rien fait.

Il serait commode, comme ne s'en privent d'ailleurs pas ces politiques qui "ne se mêlent pas de religion", de renvoyer au contexte actuel pour conter les malheurs de cette petite paroisse parisienne atypique. L'assassinat du père Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray, la question du financement public des mosquées remise sur le tapis - pour être aussitôt exclu par François Hollande - fournissent les arguments tout trouvés à une contestation politique explosive.

Pour autant, Sainte-Rita déchaîne depuis bien plus longtemps les passions. Ce n'est pas que le lieu, édifice de style néo-gothique construit en 1900 soit tellement remarquable, mais cette église aura marqué Paris, pour quantité d'autres raisons.

> Pourquoi Sainte-Rita est-elle vouée la démolition?

La petite église doit être démolie pour faire place à des habitations privées (dont des logements sociaux) et un parking. La bataille judiciaire dure depuis quatre ans. Le propriétaire est l'association cultuelle belge des Chapelles catholiques et apostoliques. Envisageant une revente, l'association avait, déjà en 2012, demandé à ce que les occupants soient évacués. Comme le rappelait un reportage du Monde, le bâtiment "n'est pas propriété de l'Etat, ce qui a permis sa vente". 

La promesse de vente avait été donc signée avec le groupe Lamotte, le promoteur nantais qui doit construire les logements, en novembre 2013. Elle contient cette condition suspensive que la vente ne sera achevée qu'après évacuation des lieux. Le montant de la transaction conclue en vue de l'acquisition de cette église de 750 m² était de 3 millions d'euros, selon France 3 Paris, 3,3 millions d'après Le Parisien.

> Pourquoi une évacuation maintenant?

Pour Philippe Goujon, député-maire du 15e arrondissement très impliqué dans ce dossier, les autorités ont profité de la période creuse du mois d'août, pour procéder à cette évacuation, à laquelle il s'était déjà opposé par le passé. L'élu a confié à BFMTV.com que des "négociations" avec des membres du culte orthodoxe étaient en cours pour procéder à un rachat qui aurait permis de sauver Sainte-Rita. Il précise que la préfecture était parfaitement au courant.

Plus prosaïquement, la bataille judiciaire des opposants à la démolition de Sainte-Rita qui fait rage depuis des années, arrive à son terme. L'affaire aura été l'objet de multiples rebondissements, dont un rejet par le tribunal administratif le 11 mars 2014 d'un recours de l'association de défense de Sainte-Rita et, à l'inverse, l'annulation d'une ordonnance d'évacuation du juge des référés autorisant le recours à la force publique du 27 mai 2016.

Même après avoir obtenu le 6 janvier 2016, par ordonnance du tribunal de grande instance de Paris, l'autorisation de faire procéder à l'expulsion par la force, la coercition avait été donc été jusqu'ici écartée. Mais, dans sa décision du 5 juillet, le Conseil d'Etat a finalement enjoint "au préfet de police de délivrer le concours de la force publique", afin de procéder "à l'expulsion des occupants". C'est donc chose faite. 

> Qui s'opposent à la démolition de Sainte-Rita?

Les amis chrétiens des animaux sont nombreux. Sainte-Rita était célèbre pour la bénédiction animalière annuelle qu'elle organisait tous les premiers dimanche de novembre. Au-delà, les élus locaux et les associations de riverains étaient opposés au projet. Mais ce sont surtout les fidèles et les occupants "sans droits, ni titre" évoqués par la préfecture de Paris mercredi, qui entravaient l'avancement des travaux.

Beaucoup se réfèrent encore à Sainte-Rita comme une église gallicane dont le culte n'est donc pas reconnu par le Vatican. En réalité, comme le rappelait Le Parisien, Monseigneur Dominique Philippe, "fatigué de toutes ces histoires judiciaires" avait "jeté l'éponge" depuis un moment, célébrant sa dernière messe le dimanche 15 mars 2015. Avant que de nouveaux occupants ne prennent la relève, demeurant nuit et jour dans les murs. Dans la nuit du 5 au 6 octobre 2015, veille des travaux de démolition initialement prévus, des militants du Mouvement du 14 juillet, un collectif conspirationniste dont l’objectif était de renverser le gouvernement, ont "libéré" l’église, en y pénétrant par une fenêtre du premier étage.

Plusieurs médias avaient alors qualifié Sainte-Rita de ZAD (Zone à défendre) d'extrême droite ou de ZAD sacrée. Le culte qui y était donné depuis était un catholicisme traditionaliste. La messe interrompue ce mercredi matin, était célébrée par l'abbé Guillaume de Tanoüarn. L'homme a été traîné par les CRS le long de la nef de Sainte-Rita, comme en attestent les images prises sur place. Ce maurassien revendiqué ne fait pas l'unanimité au sein de l'épiscopat français et ses liens avec l'extrême droite, il a contribué au rachat de l'hebdomadaire Minute, ne font guère de doute.

Ceci explique pourquoi l'évacuation de cette église a été a été récupérée sur les réseaux sociaux, notamment dans le milieu de la "catosphère" et de la "fachosphère", pour exprimer un mécontentement face au gouvernement ou pour dénoncer un supposé laxisme devant certaines mosquées. Dans leur sillage, des élus politiques de droite et d'extrême droite se sont eux aussi exprimé sur le sujet. 

David Namias