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Musulmans de France: "Les 28%" de rigoristes "connaissent peu l'islam"

Une enquête publiée dimanche s'intéresse aux musulmans de France et tente d'en dresser le portrait.

Une enquête publiée dimanche s'intéresse aux musulmans de France et tente d'en dresser le portrait. - MIGUEL MEDINA - AFP

L'enquête sur les musulmans de France publiée ce dimanche révèle plusieurs chiffres inédits. Parmi eux, l'un en particulier attise crispations et commentaires: 28% des personnes interrogées ont des valeurs "incompatibles" avec celles de la République. Un chiffre que le directeur de l'Institut Montaigne, invité de BFMTV, considère comme un avertissement, tout en le relativisant.

Du rapport sur l'islam en France publié dimanche par le JDD et l'AFP et commandée par l'Institut Montaigne, il ressort que la communauté musulmane de France est une communauté particulièrement jeune, dont l'âge moyen se situe autour de 36 ans. Mais surtout, c'est une communauté diverse. Parmi les plus de 1.000 personnes interrogées, un tiers ne se rend jamais à la mosquée, un autre tiers s'y rend pour les fêtes, et 29% chaque semaine. Les femmes semblent plus conservatrices que les hommes interrogés, et une certaine partie se définit en rupture avec les valeurs de la République.

Malgré la foule de chiffres qui ressortent de cette étude, ceux qui attirent le plus de commentaires ce dimanche sont ceux-ci: 28% des sondés ont des valeurs jugées incompatibles avec celles de la République, et pour 29%, la charia est plus importante que les lois républicaines. Pour Laurent Bigorgne, le directeur de l'Institut Montaigne, ces chiffres renseignent sur une réalité mais doivent aussi être relativisés.

Des "mécanismes de repli" mais pas de "pulsion identitaire"

"On a identifié un groupe qui en gros représente 28%, ce qui est beaucoup, qui a un appétit d’enfermement, de sécession, qui veut se mettre à côté des lois de la République. Il va falloir travailler sur ce groupe, il n’y a pas que des bonnes nouvelles dans cette étude", reconnaît-il, interrogé sur BFMTV.

Mais selon lui, cette frange n'est pas représentative de l'ensemble des musulmans d'une part, et d'autre part elle n'apparaît pas composée de musulmans fervents.

"Ils connaissent très peu l'islam"

"On voit bien qu’il n’y a pas une pulsion identitaire ou une pulsion communautariste. Il y a des mécanismes de repli, et ce qui est très intéressant c’est que ceux qui se replient, les 28% dont je parlais, connaissent très peu l’islam. On les a aussi interrogés sur les compétences religieuses, sur les grands éléments qui fondent la religion musulmane, ils ne les connaissent pas", poursuit-il. Et de conclure:

"Il y a aujourd’hui un mécanisme identitaire de fermeture pour 28% des personnes interrogées, il faut travailler dans leur direction et en même temps il n’y a pas un islam de France avec un comportement communautariste des musulmans français, ce n’est pas vrai."

Une "infime minorité" pour le CFCM 

Une nuance que partage Anouar Kbibech, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM). Comme il l'a expliqué sur Europe 1 dimanche, les 28% de sondés qui se présentent comme rigoristes ne représentent pour lui qu'une "infime minorité" des musulmans de France.

"La quasi-totalité des musulmans de France sont très très attachés à leur pays, aux valeurs de la République. Ils le proclament hauts et forts tous les jours", a-t-il estimé lors de cet entretien.

"Un certain nombre de jeunes peuvent parfois être attirés par quelques thèses ou quelques interprétations erronées d'un certain nombre de préceptes. Mais c'est une infime minorité", a-t-il insisté.

Pour Cécile Duflot, une "dimension de provocation"

Invitée de BFM politique, Cécile Duflot, candidate à la primaire d'Europe écologie-Les Verts, interrogée elle aussi sur ce chiffre, a estimé qu'il y avait sans doute dans les réponses de certains sondés "une dimension de provocation", notamment chez les plus jeunes.

"Ce n’est pas une grande enquête, c’est une enquête sur 1.000 personnes", a-t-elle aussi relativisé. "Ce débat est d’une responsabilité très grande de la part des politiques mais aussi de la part des journalistes parce que c’est un sujet sur lequel on peut agiter les peurs très facilement", a poursuivi la candidate écologiste.
Je ne passe pas ce débat sous silence, je dis qu’il recouvre beaucoup de choses plus compliquées que l’évidence qui sous-entendrait qu’il y a une armée d’un million de personnes en France qui veut contester la République. Il y a effectivement un sujet à débattre", a-t-elle conclu.

Un problème de "dérives salafistes" pour Copé

"Vous êtes dans le déni complet de réalité", lui a opposé Jean-François Copé, invité de BFM Politique lui aussi. Réagissant aux chiffres révélés par l'enquête de l'Institut Montaigne, le candidat à la primaire de la droite a réaffirmé sa volonté que l'Etat réorganise le culte en France. 

"Il faut que l’Etat organise le culte musulman pour que chacun de nos compatriotes musulmans se sente à l’aise avec les règles du jeu. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas, les gens font n’importe quoi. Tous ne deviennent pas terroristes, ce n’est pas le sujet. Aujourd’hui, ce sont ces dérives salafistes qui sont banalisées et qui vont créer le problème", a conclu le candidat. 

Charlie Vandekerkhove