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Mosquées en France: combien en existe-t-il et qui les finance?

La Grande mosquée de Paris.

La Grande mosquée de Paris. - Wikimedia - CC - Mbzt

Devant le manque de lieux de prière pour les musulmans, Dalil Boubakeur souhaite voir en France le nombre de mosquées passer de 2.200 à 4.400. Que représente ce chiffre en réalité? Voici un petit inventaire (non exhaustif) des lieux de culte musulmans dans l'Hexagone pour y voir plus clair.

"Il n'y a pas assez de mosquées en France". Après Dalil Boubakeur, le président du Conseil français du culte musulman qui a appelé samedi dernier à doubler le nombre de mosquées, c'est au tour de Thierry Mandon, le secrétaire d’État chargé de la Simplification, de partager le même constat.

"Il n’y a pas assez de mosquées en France, c’est évident. Il y a encore beaucoup trop de villes où la religion musulmane se pratique dans des conditions qui ne sont pas décentes", a déclaré Thierry Mandon mardi matin sur iTélé, tout en précisant que "ce n'est pas à la République d'organiser ça, mais c'est un sujet". Du coup, qui s'en occupe, qui paye? Combien y a-t-il de mosquées et de lieux de culte musulmans en France? Eléments de réponse et de comparaison. 

> Combien de lieux de culte musulmans en France?

Lorsque Dalil Boubakeur parle de "2.200 mosquées en France", il s'agit en fait de tous les lieux de culte musulmans confondus (mosquées, salles de prière etc.).

Selon les derniers chiffres du ministère de l'Intérieur, obtenus par Le Monde, il y avait en 2012 exactement 2.131 lieux de culte musulman en France métropolitaine et 318 outre-mer. Contre 150 en 1976, 900 en 1985 et 1.555 en 2001. Un chiffre qui a doublé en vingt ans, selon une étude menée par Le Figaro en 2011.

Pour se donner une idée réelle du "patrimoine" musulman sur le sol français, le chiffre peut être mis en rapport avec le nombre de pratiquants. Selon les dernières estimations, il y aurait aujourd'hui entre 4 et 5 millions de musulmans en France. Si l'on part du principe qu'ils sont autant de pratiquants (en retenant une moyenne de 4,5 millions), on arrive à un total d'une mosquée (ou lieu de culte) pour 2.000 musulmans environ.

Concernant les mosquées en elles-mêmes (l'édifice doté d'un ou plusieurs minarets, Ndlr), même si leur construction a progressé, il en existe peu sur le territoire français. En 2015, il y en aurait 90 contre 64 en 2009. 

Plus de 350 projets de construction seraient en cours, selon le journal en ligne des mosquées en France, contre plus d'une centaine en 2011.

Actuellement, la plus grande mosquée se situe à Evry-Courcouronnes, dans l'Essonne, et devrait être dépassée par la Grande mosquée de Marseille en février 2016. Pour la plupart, beaucoup sont en attente de fonds.

> Combien ça coûte? Qui paye?

Construire un lieu de culte coûte cher. De la simple salle de prière (quelques centaines de milliers d'euros) à la mosquée (plusieurs millions d'euros), cela dépend de l'ampleur du projet. 

On note cependant trois projets dont le budget dépasse les 10 millions d'euros: Marseille, Bordeaux, et Mulhouse. Pour le projet de la cité phocéenne, le budget serait de 22 millions d'euros.

Contrairement aux idées reçues, l’Etat n'a pas le droit de financer les lieux de culte. Depuis la loi de 1905 (article 2) concernant la séparation des Eglises et de l'Etat, il est interdit de subventionner les associations cultuelles. Seule exception, le concordat de 1801 qui, en Alsace et en Lorraine, permet aux municipalités de subventionner directement les lieux de culte.

"Ce sont d'abord les fidèles (qui financent les lieux de cultes). Il faut tordre le cou à certaines assertions des uns et des autres qui disent que tout l'argent viendrait de l'étranger voire de l’Etat. Ce sont ni l'un ni l'autre", assure Bernard Godard, ancien du ministère de l’Intérieur au Bureau central des Cultes, chargé des relations avec les musulmans, interrogé lundi sur Europe 1. Une affirmation qui n'est pas fausse mais pas tout à fait vraie non plus.

En effet, il existe plusieurs moyens de financement. Certes, la plus grande partie de l'argent provient de quêtes organisées à la sortie de la prière et de donateurs privés mais aussi de pays étrangers.

C'est le cas de l'Algérie qui a versé 1,8 million d'euros en 2013 à la Grande mosquée de Paris, somme qu'elle a ensuite répartie entre les associations.

Même chose avec la Grande mosquée de Lyon, où l'Arabie Saoudite a contribué à son financement, comme l'indique son recteur, Kamel Kabtane.

Pour le projet de Marseille, plusieurs donateurs ont participé à sa construction. Ainsi, "l'Algérie, le Maghreb en général, l'Arabie saoudite, le Koweït et d'autres encore pourraient nous rejoindre", avait déjà souhaité en 2012 l'imam Ghoul. 

Pour éviter toute mainmise de l’extérieur, des maires imposent aussi des conditions comme la mise en place d'un plafond par donateur.

Car le problème de la transparence se pose. C'est même tout l'enjeu d'un rapport déposé au Sénat le 17 mars dernier sur les collectivités territoriales et le financement de lieux de culte. A l'origine du texte, le sénateur UDI de l'Eure, Hervé Maurey, qui souhaiterait voir cet argent venu de l'étranger davantage encadré. Après un débat parlementaire, une proposition de loi pourrait voir le jour en automne.