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La parole aux musulmans, aux femmes et aux politiques

Musulmans, femmes et politiques avancent leurs arguments dans le débat sur l'interdiction du voile intégral

Musulmans, femmes et politiques avancent leurs arguments dans le débat sur l'interdiction du voile intégral - -

Contre l’avis du Conseil d’Etat, Sarkozy veut une loi d'interdiction générale du voile intégral. Qu’en pensent la communauté musulmane, les femmes et nos politiques ?

Le voile intégral interdit dans tout l'espace public. Décision de Nicolas Sarkozy ce mercredi lors du Conseil des ministres, qui examinera le projet de loi le 12 mai prochain, avant le Parlement, mi-juin. Or, fin mars, le Conseil d'Etat, consulté, avait pourtant écarté toute idée d'interdiction générale, jugeant qu'elle ne pourrait trouver aucun fondement juridique incontestable. Les sages du Conseil Constitutionnel pourraient suivre cet avis, et retoquer la loi, comme pour celle de la taxe carbone.

« Une gifle pour la communauté musulmane »

Que pensent les musulmans de France de ce projet de loi ? « Il n’en comprennent pas l’intérêt », explique notre reporter Nicolas Marsan, qui est allé à la rencontre des fidèles à la mosquée de Noisy-le-Grand près de Paris. Et pour Inis Chebchoub, le jeune imam de cette mosquée, « c’est une gifle que va prendre la communauté musulmane, via une stigmatisation qui n’est pas du tout nécessaire. Ça concerne même pas 2000 femmes sur 5 millions de musulmans ».

« Je retirerai mon niqab devant les forces de l’ordre »

En Belgique, cette interdiction générale du port du voile intégral devrait être adoptée devant les députés ce jeudi. Un texte qui parle d'interdiction de se dissimuler le visage dans les lieux publics, pour des raisons de sécurité. Les contrevenants s'exposent à des amendes de 15 à 25 euros, et des peines de prison allant jusqu'à 7 jours.
Salma vit à Bruxelles. Cette française de 22 ans convertie à l'Islam, porte le voile intégral. Si la loi est votée, elle « prendra quand même le risque de sortir avec mon niqab. Mais, poursuit-elle, je le retirerai uniquement devant les forces représentant la loi. Si on leur montre un peu de civisme, eux aussi se doivent d’être indulgents. »

« Parler à ces femmes, et non pas les priver davantage de liberté »

En France, sur le terrain, les "femmes relais" s'inquiètent déjà de cette interdiction totale. Depuis les années 80, ces médiatrices sont chargées d'aider les femmes des quartiers populaires. Elles dialoguent avec elles pour les sortir de l'isolement. Sarah, l'une d’elles, qui exerce à Pantin redoute que cette nouvelle loi créée « encore des problèmes » : « Même si je n’aime pas voir des femmes voilées, poursuit-il, il faut leur parler, leur demander pourquoi… au lieu de venir interdire avec une loi, qui va contre la liberté des gens ».

« Encore une loi qui ne sera pas appliquée ! »

Côté politiques, droite et gauche refusent de réduire le débat à un affrontement entre majorité et opposition. Mais leurs arguments diffèrent. Tandis que la secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano affirme que cette interdiction vise à protéger la dignité de la femme, le sénateur maire PS de Lyon, Gérard Collomb, ne comprend pas qu’on fasse « des lois pour 2000 personnes ». Convaincu qu’il faut « attaquer le problème à la racine, et pas simplement faire des effets d’annonce », il explique : « On peut voir des femmes portant le voile intégral, dans des quartiers qu’on a laissés se paupériser, se ghettoïser. […] Dans notre pays, on crève des lois qu’on n’applique pas. Et celle-ci, comme beaucoup d’autres aujourd’hui, ne sera pas appliquée, parce que c’est le début d’une atteinte à la liberté. »

« On n’arrache pas la burqa, on leur demande de la retirer »

Eric Raoult, député UMP de Seine Saint Denis, rapporteur de la mission parlementaire sur le port du voile intégral, argue lui du fait que ce sujet « interpelle notre société » et reconnaît : « C’est vrai qu’elles ne sont pas nombreuses. Mais une phrase – pas UMP – m’a beaucoup marqué, celle d’Elisabeth Badinter, qui a dit : "Mesdames et messieurs les députés, s’il n’y en avait qu’une, il faudrait l’aider". […] On n’arrache pas la burqa, on leur demande simplement de la retirer. Et, plus tôt on aura régler ce dossier, moins on aura de risques de caricature de l’Islam. »