BFMTV

Reims: un centre d’animation invite les petites filles à ne pas venir en jupe et provoque un tollé

Un centre d'animation de Reims a provoqué un tollé en invitant les petites filles à ne pas venir en jupe (photo d'illustration).

Un centre d'animation de Reims a provoqué un tollé en invitant les petites filles à ne pas venir en jupe (photo d'illustration). - Rémy Gabalda - AFP

Le centre d’animation d’une maison de quartier de Reims a adressé aux parents une lettre, les invitant à ne pas mettre de jupe à leurs filles afin d’éviter les "comportements déplacés" des garçons. Après la plainte d’une maman et plusieurs jours de vive polémique, la direction reconnaît "une erreur" et s'excuse.

Tout a commencé avec une lettre, adressée aux parents par le centre d’animation d’une maison de quartier de Reims, fréquentée par des enfants de 4 à 11 ans. "Nous vous demandons de mettre soit des shorts, pantalons, ou de mettre un short sous la jupe de votre fille", peut-on lire dans ce mot signé de la direction du centre.

Deux raisons à ces conseils vestimentaires, tout d’abord "une meilleure mobilité pour les activités", le centre des Trois Piliers proposant en effet de nombreuses activités sportives. Ensuite, éviter "des situations complexes à gérer". "Sachez que nous avons des enfants de 10 à 12 ans qui peuvent avoir un comportement déplacé avec une petite fille dont la jupe se soulèverait", écrit la direction. Publiée le 20 juillet sur Twitter par une maman en colère qui l’a découvert dans le sac de sa fille, la lettre a provoqué un tollé. 

La lettre adressée aux parents par le centre aéré a été partagée sur Twitter.
La lettre adressée aux parents par le centre aéré a été partagée sur Twitter. © Capture d'écran Twitter

La responsabilité est "déplacée du côté des petites filles"

La mère de la fillette a aussi partagé son coup de gueule sur sa page Facebook, avant que son post ne soit partagé des milliers de fois (et parfois déformé), capture d’écran à l’appui. "Par cette chaleur, il faudrait qu’on mette des shorts sous les jupes de nos filles", écrit-elle dans sa publication. "Ma fille ne doit pas avoir à choisir entre une coquetterie – toute relative – et normale et la tranquillité de faire du toboggan sans avoir à subir les 'comportements déplacés' de mômes à qui on apprend pas le respect de l’autre. (…) Et on lui fait comprendre que les jupes c’est pas adapté si elle veut pas d’ennuis. Vous sentez ce qui cloche dans ce monde ??", conclut-elle.

Contactée de très nombreuses fois en l’espace de trois jours, elle n’a pas souhaité répondre à nos questions. "En voyant ce mot, j’étais très en colère. La responsabilité était déplacée du côté des petites filles qui portent des jupes", a-t-elle témoigné dans l’Obs

Le post de la maman publié sur Facebook a été partagé sur Twitter, captures d'écran à l'appui.
Le post de la maman publié sur Facebook a été partagé sur Twitter, captures d'écran à l'appui. © Capture d'écran Twitter @dariamarx

La jeune femme a ensuite contacté la directrice du centre par mail pour avoir des explications, avant de recevoir une réponse jugée insatisfaisante. "La direction se disait désolée qu’on ait pu mal comprendre, et expliquait que le seul but était le confort des enfants, notamment dans les activités", déplore-t-elle dans l’Obs, alors que cette réponse a vraisemblablement occulté sur le fond la question de la responsabilité et de l'éducation des garçons.

"Maladresse rédactionnelle"

Après deux jours d’intense polémique, la direction reconnaît "une erreur" et une "maladresse rédactionnelle".

"On ne se défausse pas devant l’erreur, ça nous apprendra à peser chaque mot", explique Noëlle Harmand, la directrice générale des maisons de quartier de Reims, contactée par nos soins. "Je comprends la polémique mais je la déplore car on est loin de ce que souhaitait la directrice en donnant ce mot aux enfants", poursuit-elle.

D’après elle, le but premier de la lettre était de répondre à certaines moqueries, parfois subies par les fillettes lors des activités sportives, tout en suggérant aux parents de choisir les tenues les plus adéquates pour ces activités. "Je comprends complètement que les termes du mot aient pu prêter à confusion mais le but n’était pas du tout de faire porter la responsabilité aux petites filles. La responsabilité est celle de l’équipe éducative", ajoute la directrice, qui précise qu’un travail pédagogique a spécifiquement été assuré par les animateurs.

Manque d'explications

Chaque soir, un point est fait avec les enfants, et la question de ces moqueries a été abordée. "Les petites filles s’habillent comme elles veulent, les garçons n’ont pas à se moquer. Les notions d’égalité et de tolérance sont importantes dans le centre de loisirs", martèle Noëlle Harmand.

Outre un problème de "maladresse" dans la rédaction de cette lettre, la directrice admet aussi que le manque d’explications donnée à la maman qui s’en est plainte en premier a pu jouer. La lettre était pensée pour être accompagnée d’explications orales, que cette maman n’a pas pu recevoir quand elle est venue chercher sa fille, sans doute parce que les animateurs étaient occupés à ce moment précis.

Toutes les familles ont été reçues

La direction a reçu une à une toutes les familles et souhaite aujourd’hui que les choses se calment. Dans cette optique, une nouvelle lettre a été adressée aux parents, co-signée par la directrice du centre concerné. Une lettre d’excuses, qui récuse les accusations de sexisme ou de discrimination envers les petites filles. "Nous tenons à nous excuser auprès des familles qui auraient été choquées par cet écrit", peut-on lire dans la lettre, que nous nous sommes procurée.

"Aucun comportement indélicat n’a été repéré par l’équipe, mais quelques réflexions de gamins. Cette notion de respect mutuel et de droit à chacun de s’habiller comme il le souhaite, sans pour autant être jugé, a aussitôt été reprise en discussion avec les enfants", réitère la direction.

Cette lettre permettra sans doute d’apaiser les tensions de ces derniers jours. Comme le précise Noëlle Harmand, si elle a touché les animateurs dont le travail pédagogique a été occulté, la polémique n’a en tout cas pas eu d’impact sur la fréquentation du centre, puisque tous les enfants continuent de s’y rendre. 

Charlie Vandekerkhove