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Quel est l'état de la menace sismique en France?

La commune du Teil, en Ardèche, a été durement touchée par le tremblement de terre survenu lundi. Pourtant, la ville n'était pas située dans une zone à fort risque sismique.

Un séisme de magnitude 5,4 a frappé la Drôme et l'Ardèche lundi 11 novembre. Il s'agit ainsi du plus fort tremblement de terre enregistré en France métropolitaine depuis 2003, selon les données récoltées par le Bureau central sismologique Français (BCSF), situé à Strasbourg. Les secousses ont été ressenties jusqu'à Lyon, à plusieurs centaines de kilomètres de l'épicentre du tremblement de terre.

Alors que quatre personnes ont été blessées, dont une grièvement, la question de la préparation de la France face à une catastrophe naturelle d'une telle ampleur se pose. D'autant que Le Teil, commune où près de 250 habitations ont été touchées - et une trentaine détruites -, n'était pas située dans une zone à fort potentiel sismique.

  • Où se trouvent les zones à risques?

"C'est plutôt une zone étonnante pour la production d'une telle quantité d'énergie", a confirmé Edouard Kaminski, géophysicien et professeur à l'institut de géophysique du globe de Paris, sur le plateau de BFMTV. "Ils (les habitants, NDLR) n'ont jamais connu ça et, probablement, ils ne le connaîtront plus jamais."

D'autres zones géographiques françaises, où la menace sismique est forte, sont particulièrement surveillées par le BCSF:

"Vous avez des chaînes de montagnes actives qui sont les Pyrénées et les Alpes, qui sont effectivement des zones en construction au sens géologique du terme, qui emmagasinent de l'énergie, et qui ont donc vocation à produire régulièrement des séismes intenses", explique le géophysicien. "Et également l'Alsace et la Bretagne."

"N'oublions pas les outre-mers", ajoute Edouard Kaminski, "qui sont des zones énormément sismiques.

Le Bureau central sismologique Français récolte en permanence des informations sur les tremblements de terre qui se produisent dans l'Hexagone. Des séismes comme celui ayant eu lieu dans la Drôme et en Ardèche, départements peu exposés aux risques, permettent ainsi de nourrir les données des sismologues et d'adapter les cartes existantes.

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  • Des constructions adaptées pour résister aux secousses?

Au Teil, une trentaine de maisons ont été détruites par le séisme survenu lundi. Rien d'étonnant, selon Boris Weliachew, architecte et expert en risques majeurs, présent ce mardi sur le plateau de BFMTV. 

"Dans le bassin méditerranéen, la majorité des constructions sont des constructions de type maçonnerie. (...) C'est le type de structure le moins adapté aux séismes. C'est normal, car on empile des éléments les uns sur les autres".

Au Japon, les constructions se font ainsi en "béton armé, en acier ou en bois" pour résister face aux séismes fréquents. C'est notamment le cas des centrales nucléaires. En France, si les habitations ne sont pas toutes parées pour de telles catastrophes, Boris Weliachew assure que les infrastructures nucléaires sont quant à elles construites pour faire face aux tremblements de terre importants.

"Les centrales nucléaires ont un code parasismique très particulier. Il faut savoir que la France exporte son savoir faire à l'étranger, dans des zones plus à risque, et les centrales sont faites pour résister à des risques supérieurs" que ceux qui se produisent en métropole.

Par précaution, les réacteurs de la centrale de Cruas-Meysse, en Ardèche, ont tout de même été momentanément arrêtés après les secousses pour effectuer un audit.

  • Réglementations et surveillance

Malgré l'existence de nombreuses données et de cartes, il reste impossible de prédire le comportement exact d'un séisme. "On a des portraits robots, on s'attend à certains comportements typiques, (...) mais on a quand même à chaque fois des particularités qui dépendent du contexte, de l'histoire géologique du terrain", explique Edouard Kaminski. Une incertitude impossible à faire disparaître, mais que la France tente tout de même de diminuer grâce à certaines procédures et réglementations de construction, comme l'énumère le géophysicien:

"Dans les zones de sismicité forte, les bâtiments sont soumis à des réglementations, notamment ceux de la Sécurité civile. Ensuite nous avons des réseaux sismiques, mis en oeuvre par les collègues de Strasbourg, qui surveillent en permanence le territoire français et qui donnent l'alerte dès qu'une secousse est mesurée."

Des villes fortement exposées aux séismes, notamment en Provence-Alpes-Côte d'Azur - région située à la limite d'une plaque diffuse -, possèdent par ailleurs des protocoles d'alerte élaborés en cas de catastrophe. La ville de Cannes travaille même avec avec une commune japonaise pour limiter les risques sismiques.

Mais pour Badaoui Rouhban, expert en prévention des catastrophes et consultant à l'Unesco, il faut donc aller plus loin dans la prévention.

"Il faut redoubler d'effort. La prévention se fait par un zonage pour déterminer où est-ce qu'il faut installer (des bâtiments, NDLR), où est-ce qu'il faut éviter, et où est-ce qu'il faut renforcer les maisons existantes", assure-t-il à BFMTV.
  • Seulement deux à trois séismes notables par an en France

Le plus gros tremblement de terre jamais enregistré sur le territoire français s'est produit en 1909, à Lambesc, en Provence. D'une magnitude de 6,2 - soit trente fois plus puissant que celui ayant eu lieu lundi - il avait fait 46 morts et 250 blessés. Mais ce genre de catastrophe reste heureusement exceptionnel.

"On peut quand même considérer qu'en France, par rapport à l'activité sur le territoire et par rapport aux réglementations en place, on n'a pas un risque totalement démesuré", explique Edouard Kaminski.

Tous les ans, plusieurs dizaines de séismes ont lieu en France. Mais la plupart ne sont détectables que grâce à des appareils utilisés par les sismologues. Seuls deux à trois tremblement de terre sont en général ressentis par la population.

Juliette Mitoyen