BFMTV

Projet de réforme de l'adoption: "Si jamais elle a lieu, il n'y a plus de procédure"

Le gouvernement envisage de réformer la procédure d’adoption, en fusionnant trois entités juridiques en une seule. Plus de 5.000 dossiers pourraient être impactés négativement.

D’ici peu, les trois entités juridiques encadrant l’adoption en France - l’ONPE, “Enfance en danger” et l’Agence française de l’adoption (AFA), pourraient fusionner, tout en gardant le nom de cette dernière. Cette réforme, voulue par le gouvernement, pourrait marquer la fin des espoirs des couples ayant entamé des procédures. En tout, elle pourrait avoir des répercussions sur 5.300 dossiers.

Cyril et Charlotte, tous deux quadragénaires, ont entamé leur seconde démarche il y a presque trois ans. Franchissant une à une les étapes, ils sont sortis de la liste d’attente l’été dernier. Mais depuis qu’il a eu vent de ce projet de réforme, le couple est inquiet.

“Si jamais elle a lieu, il n’y a plus de procédure d’adoption, il n’y a plus de représentants pour la conduire. Seuls, nous ne sommes pas habilités”, explique Charlotte. “Il faudra reprendre à zéro”, ajoute son mari.

Initialement, le couple devait se voir présenter un enfant en septembre, avant que la rencontre soit repoussée une première fois à l’automne. Il espère maintenant avoir une présentation “d’ici le premier semestre 2017”. “Mais la modification des statuts risque de tout bloquer”, soupire Cyril.

Trop vieux pour adopter

La disparition de l’Agence française d’adoption entraînera la suppression des accréditations délivrées par les pays d’origine des enfants adoptés. Pour qu’une autorisation soit accordée au nouvel organisme, il faudrait compter entre 18 mois et deux ans, le temps que la négociation au niveau fédéral redescende dans les régions.

D’ici là, Cyril et Charlotte auront dépassé les 45 ans, et se considèreront alors trop vieux pour adopter. “Si on doit passer par de nouveaux organismes, [...] il faudra rentrer à nouveau dans les cases et dans les critères des pays, et à 43 ans on arrive sur la fin”, estime Cyril. “Officiellement, l’âge limite est 50 ans, mais en réalité on confie aux parents les plus jeunes possibles”, ajoute Charlotte.

“Un parcours du combattant”

Pour le couple, adopter est “un parcours du combattant”. “On nous coupe l’herbe sous le pied, on est dans l’expectative, on a des lueurs d’espoir. C’est pas facile à vivre tous les jours”, assure Cyril. Pour ne pas se faire surprendre, les époux suivent de très près l’évolution des débats autour de cette réforme. Vendredi, un amendement déposé a été rejeté au Sénat, et les discussions devraient s’étaler jusqu’à Noël.

“On va être dans une inquiétude permanente, avec au bout soit un beau cadeau de Noël, soit on fera notre deuil”, conclut Cyril.

F. H. avec Julien Migaud Muller et Nella Prodhomme