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Pourquoi la France ne fait pas rêver les réfugiés

Sur la route des migrants, la France ne fait pas rêver. Rares sont ceux qui cherchent à vouloir y entrer. Ils nous ont expliqué pourquoi.

Nadine Morano a beau évoquer un "sentiment d'envahissement des Français" et Marine Le Pen crier à la "submersion migratoire", force est de constater que ce n'est pas vers la France que se ruent les réfugiés syriens et irakiens. Rebutés par le chômage, la bureaucratie et les squats insalubres, les réfugiés qui traversent la Méditerranée rêvent de l'Allemagne, de la Suède ou du Royaume-Uni.

Il arrive même que certains réfugiés arrivés en France repartent pour l'Allemagne, comme ont pu le constater des bénévoles au monastère de Bonnelles, dans les Yvelines.

"Comparé à l'Allemagne, c'est un pays pauvre"

La France, "c'est bien pour visiter, mais pas pour l'emploi", lance Abdulrahman Alshehagi, un Syrien de 26 ans croisé par l'AFP dans une gare de Suède, pour expliquer pourquoi il n'envisage pas d'y mettre les pieds.

"La France c'est très bien mais comparé à l'Allemagne c'est un pays pauvre", a même lancé aux équipes de BFMTV un diplômé syrien rencontré à la frontière entre la Croatie et la Hongrie.

Outre le taux de chômage, qui dépasse les 10%, les demandeurs d'asile n'ont pas le droit de travailler en France pendant l'examen de leur dossier et il leur faut en moyenne neuf mois aujourd'hui pour obtenir l'asile. Ce sont donc les principaux griefs économiques.

Ils "échangent leurs expériences sur Facebook"

Autre difficulté: l'hébergement. Seul un tiers des demandeurs d'asile sont logés dans des structures dédiées et il n'existe quasiment rien pour ceux qui décrochent le titre de réfugiés.

En conséquence, de nombreux migrants se retrouvent dans des squats insalubres ou à la rue. Or, les exilés "échangent leurs expériences sur Facebook ou Whatsapp", souligne Sabreen Al-Rassace, de l'association Revivre, qui assiste les exilés syriens. "Pour eux, la France n'est pas un bon pays pour l'accueil".

Il existe aussi une suspicion de racisme, alimentée notamment lundi par les images de l'expulsion à Calais. "Peut-être que les Français ont peur qu'on soit des terroristes parce qu'on est des musulmans", se demande un réfugié syrien, interrogé par BFMTV à la frontière croate.

La présence de membres de la famille ou d'amis, qui peuvent faciliter l'intégration, est un élément déterminant dans le choix des réfugiés pour un pays. Or, si la France a eu un mandat pour administrer la Syrie de 1920 à 1946, la diaspora syrienne n'est pas importante sur son sol. De même, les Erythréens ou les Somaliens boudent Paris au profit de Londres, où vivent déjà nombre de leurs compatriotes.

Des facteurs géographiques

Enfin, souligne l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), des facteurs géographiques pèsent dans les routes migratoires: les réfugiés arrivent de plus en plus par l'est de l'Europe et croisent l'Allemagne avant la France. "Je crois que c'est loin, c'est plus loin que l'Allemagne, ça demande plus d'argent. Je pense que c'est très dur d'y aller", a également expliqué un migrant croisé sur sa route de l'exile par BFMTV.

Pour toutes ces raisons, sur les quatre millions de Syriens qui ont fui leur pays depuis le déclenchement du conflit en 2011, la France a donné l'asile à seulement 7.000 d'entre eux.

La France devrait "s'inquiéter" de ne pas être plus attirante 

Même si le président Hollande s'est engagé à en accueillir 31.000 de plus au cours des deux prochaines années, et que des initiatives existent pour accueillir les réfugiés, la France devrait "s'inquiéter" de ne pas être plus attirante, estime François Gemenne, spécialiste des migrations à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, près de Paris.

Pour lui, "le fait qu'elle ne soit plus considérée comme une terre d'accueil veut dire que, sans doute sa santé économique n'est pas très bonne, mais aussi que sa santé démocratique n'est pas très bonne".

K. L. avec Fabien Crombé