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PMA: pour Monseigneur Aupetit, il ne faut pas "institutionnaliser l'absence du père"

Monseigneur Michel Aupetit, archevêque de Paris

Monseigneur Michel Aupetit, archevêque de Paris - LUDOVIC MARIN / AFP

L'archevêque de Paris oppose à l'extension de la PMA aux femmes célibataires et lesbiennes des arguments relevant à la fois de la bioéthique, de la morale chrétienne et du conservatisme social.

"L’Eglise pose des questions, et elle est légitime quand elle pose des questions. La question, c’est est-ce qu’il y a une filiation qui est adéquate ? Est-ce qu’il y a une filiation qui est digne de l’homme?", demande monseigneur Aupetit. Alors que le Comité consultatif national d'éthique rendra demain un avis sur l'ensemble des sujets débattus au États généraux de la bioéthique, l'archevêque de Paris, invité de RTL ce lundi, a répété l'opposition de l'Eglise à l'extension de la PMA aux femmes célibataires et aux couples de lesbiennes.

Question bioéthique

"Notre réponse est non, parce que la PMA ne nous paraît pas adéquat pour l’enfant qui va venir sous cette forme-là", explique le prélat. "La PMA posait des questions [éthiques] dès le départ" pour l'Eglise, rappelle l'archevêque. "Les embryons surnuméraires posent des questions. L’embryon est un être vivant qui est en train de se développer. Nous avons tous été des embryons, donc la première question éthique, c’est celle-ci." 

"Quel est le statut de l’embryon?" demande-t-il. "En Allemagne, qui est à mon avis plus éthiquement avancé que nous, l’embryon a un statut, il doit être considéré comme une personne. En France c’est ‘personne potentielle’."

Déplorant une "chosification" de l'embryon, "qui devient quelque chose non pas d’accueilli pour lui-même, mais quelque chose qui rentre dans un projet qui le dépasse", et redoutant les dérives d'une "forme d'eugénisme", monseigneur Aupetit oppose également à l'extension de la PMA le "droit de l’enfant a le droit d’être élevé par son père et par sa mère", et plaide pour la préservation d'un modèle de filiation traditionnel. 

"Pour les femmes qui auraient un enfant seules, c’est introduire l’absence de paternité, c’est l’institutionnaliser", redoute le dignitaire catholique, pour qui la PMA ouvre nécessairement la voie à la GPA, "au nom de l'égalité". "Si le père est un simple donneur de gamètes, le fait même de la paternité disparaît."

"Il ne s’agit pas de mesurer la capacité d’aimer, la capacité d’avoir de l’affection et de la tendresse" précise-t-il cependant.

"Défaut de la nature"

L'archevêque de Paris s'oppose à ce que l'aide "technique" de la médecine soit admise comme moyen de procréation autrement que comme recours pour corriger un "défaut de la nature". Autrement dit, il refuse que la PMA soit utilisée pour dépasser le cas biologique "normal" au nom d'arguments socio-politiques. 

"La situation d’un couple homme-femme qui ne peut pas avoir d’enfant, et pour lequel la médecine propose une solution, et le fait d’utiliser la technique pour aller au-delà, ce ne sont pas des situations égales", estime monseigneur Aupetit. "Ce n’est pas un défaut de la nature, ces femmes ne sont pas stériles, ce n’est pas tout à fait la même chose que de répondre à une pathologie."

Selon lui, la PMA a trait à la dignité de la personne. Plutôt que de la penser intrinsèque à la personne humaine, ce médecin de formation avance que la dignité de la personne "dépend de la manière dont on pense sa vie, de la manière dont on le conçoit" - amalgamant à cette occasion les deux acceptions du mot "concevoir".

Une aliénation?

L'archevêque estime, dans la continuité de ce raisonnement, que la PMA aliène l'enfant au désir de ses parents.

"Pour apprendre à être père ou mère, il faut apprendre à être fils, apprendre à se recevoir d’un autre. Comment on se reçoit d’un autre? Est-ce que vous pensez qu’on peut se recevoir simplement de quelqu’un qui désire pour vous?"

Déplorant le renforcement de la volonté de contrôle des familles, le clerc expose sa méfiance à l'endroit du "projet parental", dont il estime qu'il contient "quelque chose d'assez coercitif". "Je sais que mes parents ne m’ont pas forcément désiré, mais ça m’a donné une liberté extraordinaire", confie-t-il. 

"L’intérêt supérieur de l’enfant doit être premier", martèle-t-il. "C’est lui qui ne peut pas s’exprimer, infans, ça veut dire ‘sans parole’ en latin, et justement, il faut bien qu’il y ait une parole pour lui". Reste à savoir si l'Eglise est exclusivement légitime pour endosser ce rôle de représentation. 

Louis Nadau