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Plan contre les violences à l'école: "Le ministre prend le problème à l’envers", regrette un enseignant

Mardi, Jean-Michel Blanquer a présenté les mesures du plan d'action contre les violences à l'école. Mais pour les syndicats d'enseignants, la sanction n'est pas la réponse à apporter. "Il faut mettre en place de meilleures mesures éducatives afin de donner toutes leurs chances aux élèves", estime un représentant.

"Quand l'autorité d'un professeur est remise en cause, c'est toute la République qui est attaquée." Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a présenté mardi le contenu du plan contre les violences à l'école. Des mesures très attendues après la diffusion, en octobre dernier, d’une vidéo montrant un élève en train de menacer sa professeure avec une arme factice dans un lycée de Créteil, dans le Val-de-Marne.

Protocole de responsabilisation des parents, référent violence dans chaque département... Effectives dès la rentrée, ces nouvelles dispositions sont encore loin de satisfaire les représentants des principaux intéressés.

"Le ministre est parti de la souffrance exprimée par les professeurs au moment du mouvement #Pasdevague, mais il n’y apporte pas la bonne réponse. Renforcer la présence des policiers aux abords des établissements n’a jamais rendu l’éducation plus facile. Avant de penser à une réponse policière, il faut mettre en place de meilleures mesures éducatives afin de donner toutes leurs chances aux élèves", explique à BFMTV.com Michaël Marcilloux, enseignant dans une zone d'éducation prioritaire à Argenteuil et secrétaire national de la CGT Educ’action.

"Plan curatif"

L’éducation avant la sanction, donc. C’est aussi l’avis de Rémy Sirvent, secrétaire national du SE-UNSA, qui constate que "ce plan est curatif, il traite les problèmes qui ont déjà eu lieu, or on a besoin de mesures préventives". Parmi les dispositions qui déplaisent, il y a notamment celle de l’inscription des élèves "hautement perturbateurs" - selon les termes de Jean-Michel Blanquer - dans des classes relais, sans avoir besoin de l'autorisation de la famille.

"Cela contribuera à ce que ces élèves soient dans des structures spécialisées" afin d'éviter qu'un établissement "sombre dans la violence", a argumenté le ministre. Et d’ajouter ce mercredi sur France Inter: "Nous voulons que la vie des établissements ne soit pas tirée vers le bas à cause de ces élèves".

Invité sur notre antenne ce mercredi soir, le ministre a répété son désir de faire preuve de fermeté, en collaborant davantage avec le ministère de la Justice. "On ne veut rien laisser passer, y compris sur les conséquences pénales", a-t-il asséné. Ce dernier a ensuite déclaré vouloir "arriver à un signalement systématique (des agressions), afin que tout personnel de l'éducation nationale agressé puisse avoir une réponse à ce qui s'est passé".

"Nous l'accentuons actuellement grâce à la collaboration avec le ministère de la Justice", a insisté le ministre, "qui accompagnera désormais systématiquement le professeur lorsqu'il a été agressé".

Anne-Sophie Legrand, professeure de sciences-physiques en charge du secteur collège au SNES-FSU, reconnaît auprès de BFMTV.com être parfois "confrontée à des élèves qui posent tellement de problèmes qu’on ne sait pas comment les gérer. Les classes-relais peuvent nous aider mais c’est loin d’être la panacée car elles créent une rupture dans la scolarité des élèves".

Le traitement des poly-exclus ne semble pas adapté à la situation d’autant "qu’ils ne sont pas les plus violents. Ce ne sont pas ces 1500 élèves (selon les chiffres du ministère, ndlr) qui posent problème dans la gestion des établissements. Le plus souvent, ce sont des jeunes qui baissent les bras à l’école à cause de leurs problèmes scolaires, pas comportementaux", précise Michaël Marcilloux.

"L’impression d’un retour en arrière"

Idem pour les procédures disciplinaires qui vont être renforcées et simplifiées. Un conseil de discipline pourra par exemple être convoqué dans un délai de cinq jours contre huit actuellement. Incompréhensible pour un représentant syndical du second degré: "On n'est pas en comparution immédiate comme au tribunal", s'insurge auprès de RMC un enseignant du Val-de-Marne.

Cette nouvelle formule des conseils de discipline inquiète également Anne-Sophie Legrand, du syndicat SNES-FSU, qui a "l’impression d’un retour en arrière. Jusqu’à présent les conseils étaient constitués de 14 personnes parmi lesquelles se trouvaient des représentants de parents d’élèves, des professeurs et l’élève convoqué. Cette diversité permettait d’ouvrir le débat sur son cas, de comprendre pourquoi il en était arrivé là. Accélérer le processus et réduire le nombre de participants à six lui fait perdre ses chances de réintégration, car on imagine que c’est la voix du chef d’établissement qui va primer", regrette-t-elle.

La sanction, option de dernier recours

"Avec ce plan, le ministre prend le problème à l’envers", tance Michaël Marcilloux. Comme solution préventive, Rémy Sirvent propose avant tout de vérifier si les élèves qui posent problème n’ont pas de mal à voir ou à entendre. "De tels troubles sont souvent à l’origine d’un mauvais comportement", précise-t-il.

Il remarque par ailleurs qu’une majorité des élèves perturbateurs sont des garçons souvent mus par un phénomène de "surmasculinisation". "Ils sont englués dans ces travers de défiance pour affirmer leur masculinité. Mais ce schéma peut être déconstruit par l’éducation et non par la sanction, qui doit intervenir en dernier ressort", conclut-il.

Ambre Lepoivre