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Paris: à la Goutte d’Or, les enfants des rues restent livrés à eux-mêmes

Dans le quartier de la Goutte d'Or, des mineurs sont livrés à eux-mêmes.

Dans le quartier de la Goutte d'Or, des mineurs sont livrés à eux-mêmes. - BFMTV

Depuis plusieurs mois, quelques dizaines de mineurs marocains errent dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris. Desoeuvrés, parfois drogués ou violents, leur situation déconcerte associations et autorités qui tentent de trouver une solution face à ce phénomène nouveau.

Ce jour-là, ils sont une douzaine de garçons à occuper une laverie du quartier de la Goutte d'Or, dans le 18e arrondissement de Paris. Tous disent être mineurs et auraient entre 10 et 15 ans. Ils expliquent être arrivés du Maroc par l'Espagne.

"Je suis de Tanger, ça fait un an que je suis en France. Je suis venu en me mettant sous un car. Là-bas, il y a mon père, ma mère. Parfois je téléphone, je leur dis que ça va, qu'ils ne s'inquiètent pas", explique Hamza, 12 ans.

En réalité, ils vivent à la rue, complètement livrés à eux-mêmes. Hamza reconnaît se livrer à des vols pour vivre. "J'arrache des colliers pour acheter à manger. Je me débrouille pour ramener de la nourriture", poursuit-il en arabe et en espagnol.

Une trentaine de mineurs isolés

En mars dernier, BFMTV était allé à la rencontre de ces jeunes. Selon la mairie, ils seraient encore aujourd'hui une trentaine de mineurs isolés comme Hamza à passer la journée dans les laveries ou dans le square Alain-Bashung, devenu leur repère. La nuit, ces jeunes se réfugient dans des Autolib' du quartier ou dans des squats. Beaucoup se droguent en sniffant de la colle et deviennent parfois violents entre eux ou contre les riverains.

Une situation qui provoque ras-le-bol et désarroi des habitants mais aussi des associations.

"Je suis choqué de voir des mômes drogués toute la journée qui passent leur temps à dormir dehors, dans des voitures. Les autorités ont tenté de faire quelque chose mais ils n'y arrivent pas malheureusement", regrette Rachid Arar, responsable de La Table ouverte, une association qui distribue des repas dans le quartier.

Depuis des mois, la mairie, la protection de l'enfance et deux associations se mobilisent en effet mais peinent à trouver des solutions, face à des jeunes insaisissables qui finissent par s'enfuir des foyers où ils sont placés.

"Ce sont des enfants qui sont habitués à vivre dans la rue et les contraintes d’une vie en collectivité, même gérée, sont pour eux insupportables. Il faut surtout trouver des formes de dialogue individu par individu pour les faire ensuite accepter d’être aidés, parce qu’on est très préoccupés par ce phénomène qui pour nous est un phénomène nouveau", explique Gérald Briant, adjoint aux affaires sociales à la mairie du 18e.

L'arrivée de jeunes filles inquiète

A la fin du mois de juillet, la mairie du 18e a adressé un communiqué aux habitants du quartiers. La municipalité fait état de nouvelles arrivées depuis plusieurs semaines et des nouveaux efforts déployés face à des jeunes dont "l'état de santé est inquiétant" et les actes de violences "plus nombreux". Les autorités sont d'autant plus inquiètes que ces derniers temps, quelques jeunes filles ont fait leur apparition.

Dans son communiqué, la mairie du 18e explique avoir engagé des "dispositifs d'urgence en lien avec le Parquet pour éloigner les jeunes filles". En parallèle, des maraudes quotidiennes sont menées par les associations et un lieu d'accueil de jour devrait ouvrir. La municipalité a en revanche renoncé à fermer temporairement le square Alain-Bashung, craignant le "suivi et le travail social engagé plus difficile encore" par la dispersion des enfants.

C. B avec Johanne Portal, Solève Chalvon, Antoine Corver