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#MeTooInceste: comment parler de l'inceste avec les enfants?

Un enfant à la récréation (PHOTO D'ILLUSTRATION).

Un enfant à la récréation (PHOTO D'ILLUSTRATION). - -

Pour tenter de faire évoluer les consciences sur ce tabou, les associations de protection de l’enfance recommandent de parler de l’inceste aux enfants, le plus tôt possible.

Incompréhension des violences subies, crainte des représailles, peur des conséquences dans la famille… Pour de multiples raisons, la parole de l’enfant victime d’inceste est souvent difficile à libérer. Il est également victime d’un tabou dans la société ou d’une omerta familiale, en témoignent les récentes accusations à l’encontre d'Olivier Duhamel. Pour tenter de faire évoluer les consciences, les associations de protection de l’enfance recommandent de parler de l’inceste aux enfants, le plus tôt possible.

Différencier les marques d'affection d'une agression

Dans un livret à destination des enfants, le magazine Astrapi aborde ainsi le cas de Diane et de son "tonton pas si gentil". Au travers de quelques bulles de bande dessinée, avec des dessins colorés et des mots compréhensibles par tous, les auteurs racontent les abus d’un membre de la famille de ce personnage, ainsi que le poids du silence.

Ils invitent les enfants à apprendre à faire la différence entre des marques d’affection dont tous les enfants ont besoin, et les gestes sur les parties intimes qui sont un crime.

"Si un membre de ta famille, même proche et que tu aimes, essaye de toucher les parties intimes de ton corps, sache que c’est interdit, écrivent les auteurs. Ca s’appelle et de l’inceste et c’est grave."

Le livret donne également une définition du mot "manipulation" dont sont souvent victimes les victimes d’inceste de la part de leur agresseur. Une manipulation lorsque l’agresseur utilise le mot "secret" pour parler de ses actes, une manipulation aussi pour isoler la victime du reste de la famille. Il convient donc d’utiliser et d’expliquer le terme.

"Il y a des secrets qui font du mal, parler, c’est se protéger", peut-on lire sur le document.

Aborder la question à l'école

De même, l’association La Voix de l’Enfant recommande d’aborder le sujet avec les responsables pédagogiques à l'école. "En première réunion de parents d’élèves, abordez la question avec la direction de l’école de vos enfants, les enseignants... Et toujours devant les enfants, qu’il n’y ait pas de sentiment de secret”, affirme Martine Brousse, déléguée générale de l’association la Voix de l’Enfant dans un communiqué à ce sujet.

A la maison, Martine Brousse propose également le temps de la toilette comme un moment privilégié pour expliquer très simplement que le corps de l'enfant lui appartient, et que les adultes ne sont pas libres d'en faire ce qu’ils souhaitent:

"C’est l’occasion de lui signifier qu’il s’agit de son corps, que personne en dehors de maman ou papa n’a le droit d’y toucher. Il faut aussi lui apprendre très vite à se laver tout seul, notamment le sexe, et lui expliquer que plus tard, c’est lui qui décidera qui peut le toucher", poursuit-elle.

Un discussion entre 5 et 8 ans

Le mot "inceste", tout comme le mot "viol" ou "pédophilie", ne doit pas être évité par le discours parental, à partir du moment où l'enfant est en âge de comprendre. La pédopsychiatre Dominique Fremy affirme ainsi dans le magazine Parents qu’à l’âge de 5 ou 6 ans, il est temps d’apprendre "la notion de respect de son propre corps."

Puis, à partir de 7 ou 8 ans, il est plus fréquent que l’enfant rentre seul de l’école, pratique une activité sportive ou parte en colonie: "l’enfant acquiert un début d’autonomie." Il devient d’autant plus utile de parler des violences sexuelles.

La Voix de l’Enfant recommande plusieurs livres pour aider à parler d'inceste avec les plus jeunes selon l'âge:

  • Dès 3 ans: Respecte mon corps, de Catherine Dolto (Ed. Gallimard Jeunesse)
  • Dès 4 ans: Te laisse pas faire – Les abus sexuels expliqués aux enfants, de Jocelyne (Robert. Ed. L’Homme)
  • Dès 6 ans: Lili a été suivie, de Dominique de Saint Mars et Serge Bloch (Ed. Calligram)
  • Dès 11 ans: La fille du canal, de Thierry Lenain (Ed. Syros Jeunesse)

Le sujet ne doit pas devenir une obsession, il peut en revanche être évoqué lorsqu’une actualité touche au sujet, selon Martine Brousse. Le mouvement #MeTooInceste est donc une bonne occasion.

Esther Paolini Journaliste BFMTV