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Troisième "Nuit debout" à République, le ras-le-bol de tout un mouvement

Étudiants, travailleurs et précaires mobilisés place de la République à Paris.

Étudiants, travailleurs et précaires mobilisés place de la République à Paris. - DOMINIQUE FAGET - AFP

Étudiants, travailleurs et précaires, ils squattent la place de la République à Paris depuis trois jours, même la nuit, pour exprimer un ras-le-bol, pas seulement contre la loi Travail.

Ils ne dorment pas, c'est la "Nuit debout". Ils n'ont pas tous les mêmes espoirs, pas les mêmes revendications, mais une même volonté. Ils appellent ça la "convergence des luttes". Depuis trois nuits, plusieurs centaines de manifestants occupent la place de la République, en plein cœur de Paris.

Bâches tendues entre les arbres, une scène où l'on improvise un rap au micro, sandwiches préparés par des bénévoles et des slogans qui ont comme un air de déjà-vu. "Je lutte des classes", "Rêve générale", "Désobéis aux lois injustes".

Ici, les combattants sont plutôt jeunes, mais pas tous. Certains sont contre la loi travail, d'autres dénoncent "les dérives sécuritaires", "les violences policières". D'autres encore insistent sur le combat pour le Droit au logement.

Troisième "Nuit debout" depuis jeudi soir, dans la foulée de la manifestation contre la loi Travail. Au petit matin, les quelques dizaines qui sont encore là sont délogées par les forces de l'ordre.

"Encore une fois... les flics pour nettoyer", twitte ce dimanche matin le compte @nuitdebout, ajoutant: "ça ne va pas arrêter notre mouvement".

"Il ne faut pas défendre la place de la République, mais défendre notre place dans la République", s'écriait samedi soir Michel au mégaphone. "Il faut arrêter de vouloir structurer un mouvement, sinon il arrête d'être un mouvement". Applaudissements dans la foule rassemblée sous la pluie.

Le peuple décide

La comparaison est tentante avec les indignés de la Puerta del Sol à Madrid, un mouvement spontané apparu en mai 2011 en Espagne pour dénoncer l'austérité et la corruption.

"C'est le même mode d'action", reconnaît Anna, 23 ans, photographe. Mais pour elle, tout cela est "beaucoup plus prosaïque et désespéré". "Il faut redonner confiance en leur propre pouvoir aux gens. On leur a fait croire qu'ils étaient impuissants", poursuit-elle.

Mirage d'une société meilleure, détracteurs d'un système abîmé par la politique politicienne et un renvoi quasi systématique au pouvoir du "peuple", le discours rappelle les mouvements populaires du début des années 2010.

Killian, 20 ans, étudiant en audiovisuel, a déjà passé deux nuits à République et veut croire en "un Occupy comme dans les autres pays". Béret noir, veste kaki, s'il attend surtout "le retrait de la loi El Khomri", il se prend à rêver d'une "révolution".

Emilie, 32 ans, est venue de l'Ardèche spécialement. 

"J'ai pris un duvet, deux culottes, deux paires de chaussettes et voilà je suis là!".

"Non, elle ne vient pas pour la loi El Khomri", répond-elle en roulant une cigarette. "On vient dénoncer une fausse démocratie, en créer une vraie, participative, directe. Il faut sortir du capitalisme, y'a plus que le pognon qui compte (...), s'énerve la jeune femme au piercing sous la lèvre, qui dénonce un "ras-le-bol général".

Étudiants, travailleurs, précaires, ils rêvent de réinventer un monde. A commencer par son calendrier, en ce "33 mars", comme ils le proclament déjà.

P. P. avec AFP