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Manif pour tous : succès, échecs et radicalisation

Mariage pour Tous

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Dimanche les anti-mariage pour tous se sont retrouvés pour une ultime manifestation. Guerre des chiffres et affrontements ont encore émaillé le rassemblement. « Nous avons déployé une force nouvelle », assure la présidente de la manif pour tous.

Ils étaient 150 000 selon la police, plus d'un million selon les organisateurs. Bien que la loi sur le mariage homosexuel soit promulguée, ses opposants ont voulu maintenir la pression le jour de la fête des mères. La présidente de La Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, a assuré que le combat allait se poursuivre contre le mariage homo et que le mouvement s'installait « durablement dans le paysage français et européen ». Apportant leur soutien aux anti, plusieurs élus de l'UMP (Jean-François Copé, Henri Guaino, Laurent Wauquiez, Hervé Mariton, Brice Hortefeux) et du Front national ont pris part au défilé.

293 interpellations, 231 garde à vue

Mais en fin de soirée après l'appel à la dispersion, quelques centaines de fauteurs de troubles ont défié les forces de l'ordre et les journalistes à coups de jets de bouteilles, de pavés, de barres de fer et de fumigènes. Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a condamné les heurts qui se sont produits aux abords de l'esplanade des Invalides et annoncé 293 interpellations. 231 personnes ont été placées en garde à vue. La préfecture de police avait mobilisé 4 500 policiers et gendarmes pour encadrer les cortèges, qui n'avaient été émaillés que de quelques incidents sans violence avant les débordements de la soirée. Selon un sondage publié dimanche, près des trois quarts des Français (72%) pensent qu'il est temps que les manifestations s'arrêtent, la loi étant promulguée depuis huit jours.

« Depuis au moins mai 68, il n’y a pas eu de mouvement sociétal d’une telle ampleur »

Mais pour Ludovine de La Rochère, la présidente de la Manif pour tous, la mobilisation était malgré tout un succès. « Elle peut avoir l’apparence d’un échec, mais je ne crois pas, car nous avons déployé une force nouvelle, magnifique, historique », témoigne-t-elle sur RMC. « Depuis au moins mai 68, il n’y a pas eu de mouvement sociétal d’une telle ampleur, et je sens que tout le monde est décidé à continuer. Je peux vous garantir qu’on ne lâchera rien ».

« Une manifestation dans les peurs et les fantasmes »

Nicolas Gougain, porte-parole de l'inter-LGBT, estime toutefois que le mouvement s’essouffle. « Je crois que les organisateurs eux-mêmes le savent, c’est une manifestation qui va droit dans le mur. Vous avez des gens qui se mobilisent non pas pour défendre des droits parce qu’on va leur en enlever, mais qui se mobilisent pour que d’autres ne puissent pas bénéficier des mêmes droits qu’eux ». Et les violences de dimanche soir sont venues confirmer ce qu’il pensait. « Dans une manifestation, la radicalisation ne peut mener que dans le mur. Beaucoup de gens qui manifestent, certes, mais qui manifestent dans les peurs et les fantasmes ».

Mathias Chaillot avec V.Joanin