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Maltraitance animale à l'abattoir d'Alès: un procès inédit et emblématique

Une manifestante de L214 devant le tribunal d'Alès le 23 mars 2017

Une manifestante de L214 devant le tribunal d'Alès le 23 mars 2017 - Sylvain Thoams-AFP

C'est le premier procès de ce genre. Trois employés et la communauté de communes qui gère l'abattoir d'Alès sont jugés ces jeudi et vendredi pour actes de cruauté et mauvais traitements envers les animaux.

"On vit la mort cinq jours sur sept": poursuivi avec deux collègues pour avoir maltraité des animaux dans un procès inédit à Alès, un employé de l'abattoir du Vigan, dans le Gard, a décrit la dureté du travail, tout en regrettant sa "brutalité".

Accusé de sévices graves et d'actes de cruauté

Ce procès inédit, qui s'est ouvert ce jeudi devant le tribunal correctionnel d'Alès, bondé et entouré d'un important dispositif policier, fait suite à la diffusion en février 2016 d'une vidéo choc de l'association de défense des animaux L214, tournée en caméra cachée dans l'établissement certifié bio du Vigan et visionnée à l'audience. Outre les trois employés, dont l'un était absent, la communauté de communes du Pays viganais qui gérait l'établissement, est également poursuivie. Une audience emblématique sur la question de la souffrance animale.

Entré à l'abattoir à 15 ans et demi en apprentissage pour un CAP de boucher, Marc Soulier raconte: "On m'a tout de suite dit 'il te faut tuer'". Le principal prévenu est accusé de "sévices graves et d'actes de cruauté" envers des animaux en captivité, des faits passibles de deux ans de prison et 30.000 euros d'amende.

"On nous mettait la pression, il a fallu apprendre vite et sur le tas", poursuit le jeune homme. Il lui est notamment reproché, alors qu'il était "responsable de la protection animale" - une fonction "imposée" selon lui - d'avoir utilisé sans nécessité à plusieurs reprises une pince à électronarcose sur le museau de brebis, "pour faire rire" un collègue.

Les bêtes "sentent l'odeur de la mort"

Reconnaissant une "grosse connerie" et regrettant sa "brutalité", l'ex-employé, décrit comme "un fou" par certains collègues, "ne voit pas les animaux comme des égaux de l'homme", poursuit-il. À ses yeux, toutefois, les bêtes "ont de la peur, du ressenti" et "sentent l'odeur de la mort".

Pour expliquer son attitude, il met notamment en cause "les cadences" imposées, "les surcharges de travail: il nous arrivait de commencer à deux à 4 heures du matin et de terminer à 17 heures". Selon lui, la direction "ne voulait rien entendre" sur cette question, tout comme sur le remplacement d'équipements défectueux.

Le jeune homme commente ainsi les propos des formateurs sur la protection animale: "Ces gens-là, ils sont derrière leur bureau, si on les mettait dans une écurie, ils ne pourraient pas appliquer eux-mêmes ce qu'ils marquent sur les papiers".

"Le drame que sont les abattoirs"

Autre employé jugé pour "mauvais traitements" - un coup de pied à un bovin - Gilles Estève, titulaire d'un CAP de "tueur dépeceur" depuis 1979, abonde dans son sens: "C'est un métier dangereux, vous savez, les gens qui nous forment n'ont jamais mis les pieds dans un abattoir". Selon eux, les coups reçus, notamment au visage, dans le cadre du travail sont "réguliers", aussi bien de la part de bêtes qu'avec le matériel.

"Cette histoire m'a détruit, j'ai perdu mon emploi, j'ai été obligé de changer de région, mes grands-parents ont reçu des lettres de menaces", ajoute encore Marc Soulier en sanglotant.

L'audience a démontré "le drame que sont les abattoirs", a réagi à l'interruption de séance le fondateur de L214 Sébastien Arsac, qui milite pour la non-consommation de produits issus des animaux. "Derrière la souffrance animale, il faut reconnaître une grande souffrance humaine", souligne aussi Claire Starozinski, de l'Alliance anti-corrida, également partie civile.

Des animaux mal étourdis, recevant des coups

Les images diffusées par L214 montrant des animaux mal étourdis, égorgés ou recevant des coups répétés à la matraque électrique avaient immédiatement suscité une vague de réprobation. Quatre mois auparavant, L214 avait déjà révélé une affaire similaire dans l'abattoir municipal d'Alès.

La diffusion au fil des mois de plusieurs vidéos tournées en caméra cachée dans des abattoirs ou des élevages a notamment débouché sur la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire, qui a préconisé 65 mesures, dont le renforcement de la vidéosurveillance, de l'intervention de vétérinaires et de la formation des employés.

C.H.A. avec AFP