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Les banlieues réclament "l'égalité" pas une "assistance" clame Borloo

L'ancien ministre Jean-Louis Borloo, le 3 novembre 2015 à l'Assemblée nationale à Paris lors d'une session de questions au gouvernement.

L'ancien ministre Jean-Louis Borloo, le 3 novembre 2015 à l'Assemblée nationale à Paris lors d'une session de questions au gouvernement. - Lionel Bonaventure - AFP

Dans son rapport consacré à la rénovation des quartiers prioritaires, Jean-Louis Borloo dénonce le traitement réservé par l'Etat aux banlieues. "Près de 6 millions d'habitants vivent dans une forme de relégation", affirme-t-il.

L'ancien président de l'UDI et maintes fois ministre Jean-Louis Borloo a remis ce jeudi à Edouard Philippe son "plan banlieues": un rapport d'une soixantaine de pages, intitulé "Vivre ensemble - vivre en grand la République", qui détaille 19 programmes afin de rénover les quartiers prioritaires tant sur le plan social qu'économique.

Les quartiers populaires "ne demandent pas l'assistance" mais simplement "le droit à l'égalité républicaine", martèle, sur un ton souvent passionné, celui qui a été ministre délégué à la Ville entre mars 2002 et mai 2004.

C'est d'ailleurs ce qui lui a valu, en plus de son bilan en matière de rénovation dans les quartiers, d'être choisi par Emmanuel Macron pour la rédaction de ce rapport, en collaboration avec le ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard et son secrétaire d'Etat Julien Denormandie.

"Le système est désinvolte et se ment à lui-même"

"Je dois avouer ma stupéfaction d'avoir découvert à quel point le système était désinvolte et se mentait à lui-même", tance Jean-Louis Borloo dans son rapport, qui souligne combien les moyens déployés dans les quartiers prioritaires "sont en dessous du minimum républicain" et combien les correctifs "se sont quasiment tous arrêtés".

"Près de 6 millions d'habitants vivent dans une forme de relégation" voire, parfois, "d'amnésie de la Nation", constate l'avocat de formation, qui dénonce un effort public "en berne".

Avec un taux de chômage "presque 3 fois supérieur" à la moyenne, des équipements et services publics "massivement moins présents qu'ailleurs", l'écart des chances d'avenir "ne cesse de croître" selon les territoires.

"La foi dans le système est fortement atteinte"

"La foi dans le système est fortement atteinte", et "cette situation ne sera pas tenable si nous renonçons à intégrer dans le rêve français dix millions d'âmes invisibles, une jeunesse lumineuse, colorée et en quête de participation", prévient l'auteur du rapport.

"La question de l'égalité et de la mixité est un combat politique et culturel qui doit être mené sans relâche" pour "ne pas laisser prospérer les idées d'inégalité des sexes et de séparation des genres dans l'espace public, comme un nouvel apartheid", affirme-t-il.

En parallèle, il met en garde contre les "incompréhensions" et les "frustrations" qui "si nous n'y prenons pas garde entraîneront replis communautaire, identitaire, xénophobe".

Un "apartheid territorial" pour l'ancien maire de Sevran

Un "apartheid"? "C'est déjà le cas", affirme au micro de BFMTV Stéphane Gatignon ce jeudi, à l'occasion des Etats généraux de la Ville. "L'apartheid (...) c'est quand on organise de la part de l'Etat la structuration territoriale, la ségrégation territoriale", dénonce l'ancien maire de Sevran, en Seine-Saint-Denis, qui a démissionné fin mars en signe de protestation

"Avec les élus comme les autres maires, on veut faire péter le ghetto", assure l'ancien élu, plaidant notamment pour une diversité sociale dans les logements.

"Il faut que l'Etat se mette autour de la table et accepte en termes d'habitat d'avoir des choses où on aura du logement social de base bien sûr, mais pas seulement, on aura aussi des logements intermédiaires, de la copropriété, différents types de résidences", développe-t-il.

"Il faut que l'Etat joue le jeu sur les différents aménagements prévus dans tout un tas de territoires, arrête les blocages et qu'on arrive à avancer", demande Stéphane Gatignon. Selon lui, "c'est le seul moyen de casser le ghetto et de rompre cet apartheid territorial, qui existe aujourd'hui". 

Liv Audigane, avec AFP