BFMTV

Les sites de rencontre pour adolescents infiltrés par les prédateurs

Ces plateformes, ouvertes à l'inscription dès l'âge de 13 ans, ne contrôlent que très rarement l'identité de leurs usagers.

"Coucou, tu pense que tu peut partager ta chaleur avc moi" (sic). Ce message, David, comme il se présente sur un site de rencontre pour adolescents, pensait l'envoyer à une jeune fille de 13 ans. En réalité, il s'adresse à des journalistes de BFMTV qui enquêtent sur le manque de régulation qui caractérise ces plateformes.

Ces sites, qui se multiplient sur internet, proposent initialement à des adolescents d'échanger virtuellement. Mais comme a pu le constater trois journalistes de BFMTV, les plus jeunes deviennent rapidement des proies pour des utilisateurs beaucoup plus âgés.

Inscription en quelques clics

Après la création d'un faux profil d'une adolescente de 13 ans prénommée "Clem", les demandes d'ajouts de nombreux hommes beaucoup plus vieux s'accumulent. L'un d'entre eux, David donc, suggère rapidement d'échanger sur une autre plateforme, Snapchat ou Instagram, permettant toutes deux d'envoyer des photos instantanées.

"C'est mieux laba en plus ici tu peux pas envoyer de photo ma belle. Moi aussi je voulais te montrer comment j'etai cho" (sic) écrit-il.

Et quand "Clem" lui fait part de ses doutes, il explique "daccord donc si tu as accepter mon invitation mon age te gene pas trop alors lol" (sic).

Un manque de régulation parmi les utilisateurs pouvant s'expliquer par la facilité avec laquelle il est permis de s'inscrire. En quelques clics seulement, et sans aucune vérification de l'identité ou de l'âge.

Les associations inquiètes

Dans une enquête publiée dans Le Figaro, le quotidien avait déjà révélé le laxisme qui entoure le site rencontre-ados.net, évoquant l'usurpation d'âge comme étant une pratique courante.

Face à l'amplitude du phénomène, certaines plateformes ont déjà commencé à faire le tri. L'association e-enfance, qui a pour mission de protéger les mineurs sur internet, se dit bien consciente du problème.

"On reçoit ici énormément de situations de jeunes confrontés à de la pédophilie. Quand on est sur des sites de rencontre pour adolescents, on sait que dès 13 ans on peut y être inscrit, ça va attirer l'attention de personnes malveillantes, de personnes pédophiles. Il faut nommer les choses", détaille Samuel Comblez, directeur des opérations de l'association.

Aucune obligation légale

Un laxisme qui s'explique par le vide juridique qui entoure ces plateformes. Aucune obligation légale ne pousse ces sites de rencontre pour adolescents à contrôler l'identité de leurs utilisateurs.

Wilfried Carbonell a fondé la plateforme www.adotolerant.fr. C'est l'une des seules qui obligent leurs utilisateurs à prouver leur âge. Chaque nouvel inscrit doit se prendre en photo avec sa webcam, accompagné d'un code, transmis au préalable, inscrit sur une feuille. Si la photo ne correspond pas avec l'âge mentionné, le profil est supprimé. Une démarche qu'il juge nécessaire.

"C'est souvent des hommes plus vieux qui mentent sur leur âge, et ça peut aller de 30 à 60 ans", explique-t-il.

Mais dès la mise en place de cette nouvelle obligation, son site a perdu un tiers de son trafic. "Je suis passé de 8000 'ados' par jours, à 2500, 3000". Illustrant l'ampleur du problème.

Amélie Rosique, David Couloume, Clémence Dibout, avec Jules Fresard