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Les cambriolages, une expérience traumatisante pour 68% des victimes

En 10 ans, les cambriolages ont bondi de 50% en France, selon une étude de l’Observatoire de la sécurité des foyers. Si les effractions entraînent leur lot d'inconvénients sur le plan matériel, elles sont également un événement traumatisant pour une majorité de victimes qui développent des symptômes d'anxiété.

Un cambriolage a lieu toutes les deux minutes en France, selon une étude de l’Observatoire de la sécurité des foyers, publiée mercredi. Sur ce rythme effréné, les effractions ont bondi de 50% en 10 ans avec 249.000 cambriolages constatés en 2017, soit 683 par jour. Les bijoux, les téléphones, les ordinateurs et les tablettes sont les objets les plus convoités par les cambrioleurs qui repartent généralement avec un magot avoisinant les 3000 euros.

"Choc émotionnel considérable"

Au-delà du préjudice matériel, ces larcins engendrent un traumatisme psychologique chez les victimes. 68% d’entre elles présentent un symptôme d’anxiété à la suite d’un cambriolage qui peut être perçu comme la "violation de son intimité et de son histoire personnelle", explique dans l’étude Arnaud Ferrari, responsable du pôle accompagnement psychologique. C’est un "choc émotionnel considérable, souvent assimilé à une agression sexuelle. Pour tout un chacun, le domicile est un endroit où l’on cherche avant tout à se sentir bien et en sécurité. Or, un cambriolage va ‘abîmer’ cet espace personnel", ajoute le spécialiste.

"On peut avoir un sentiment d’insécurité immédiat quand on rentre chez soi et qu’on se rend compte que notre porte a été fracturée. ‘Les cambrioleurs sont-ils toujours à l’intérieur?’ peut-on se demander. C’est paralysant", nous développe Olivia Mons, porte-parole de la Fédération France Victimes.

Le home-jacking, la version brutale du cambriolage

Si 70% des cambriolages se déroulent durant la journée, alors que les propriétaires sont absents, un tiers d’entre eux sont commis en présence des habitants. "C’est extrêmement traumatisant de se réveiller le matin et de s’apercevoir que des gens se sont introduits dans notre domicile et ont violé notre intimité", détaille Olivia Mons. Connu sous le nom de home-jacking, ce type d’effraction est d’autant plus traumatisant qu’il se produit aussi souvent en présence des habitants éveillés.

"Dans ce cas, les victimes peuvent ensuite souffrir d’un psycho-trauma, c’est-à-dire une impression que leur vie a été menacée, en danger", précise à BFMTV.com Olivia Mons.

Cette version brutale du cambriolage a bondi de 20% en 2015, selon les chiffres que Le Figaro avait révélés. Cette année-là, le home-jacking était l’infraction ayant connu la plus forte inflation, avec les séquestrations. Une augmentation constante puisqu’en 2017, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 3400 home-jackings, selon le ministère de l’Intérieur. Le phénomène s’explique notamment par la sophistication des systèmes de protection. Pour contrer les systèmes d’alarme, il est plus simple pour les cambrioleurs que la famille soit présente. Sous la menace, elle peut désactiver les systèmes, laissant ainsi plus de temps aux malfrats pour détecter les objets de valeur.

En parler pour "libérer le traumatisme"

Le sentiment d’insécurité au domicile après une effraction peut s’ancrer dans la durée. "La peur que cela recommence s’installe. Un sentiment de vulnérabilité prédomine", souligne dans l’étude Arnaud Ferrari. L’Observatoire de la sécurité des foyers note que 75% des victimes ne se sentent plus en sécurité après le cambriolage. Une semaine après l'effraction, 35% des femmes ne veulent plus rester seules au domicile (contre 18% des hommes), et 60% d’entre elles sont aux aguets. Les enfants de moins de 12 ans sont également affectés par un tel événement. Selon leurs parents, 63% tiennent à s’assurer que la porte est bien fermée à clé, et 55% veulent dormir avec la lumière allumée et/ou la porte de leur chambre ouverte.

La porte-parole de France Victimes conseille de parler rapidement des sentiments générés par les cambriolages à des professionnels comme des juristes ou des psychiatres et psychologues. "Parfois, une fois suffit pour se libérer du traumatisme", explique Olivia Mons qui recommande de ne pas s’enfermer dans la paranoïa. "Ce n’est pas en se blindant de caméras-surveillances que l’on se sentira mieux", conclut-elle.

Ambre Lepoivre