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Le Salon de l'agriculture ne pourra éviter la question de la crise agricole

L'édition 2016 du Salon de l'agriculture ouvre samedi, dans un contexte économique et social difficile pour les agriculteurs. Ceux qui ont résisté à l'envie de boycotter l'événement ont bien l'intention d'en profiter pour interpeller les politiques.

À la veille de l'ouverture du Salon de l'agriculture, les derniers animaux rejoignaient vendredi les halls de la porte de Versailles. Cerise, la mascotte de cette édition 2016, est arrivée la dernière, sous les yeux fiers de son éleveur. "J'espère que du monde va venir la voir", sourit Joël Sillac. "Pour la faire connaître au grand public".

Faire profiter les visiteurs, pas les politiques

Car c'est bien pour les visiteurs que les agriculteurs présents se sont déplacés. En pleine crise agricole, il est important pour eux d'émerveiller les Français, mais aussi de défendre leur travail.

"Certes il y a la crise, mais on est obligés de venir au Salon", explique David Domenichi, éleveur dans le Cantal. "Pour faire voir aux Français que ce qu'on produit c'est du bon, qu'on est toujours là pour eux, et qu'il faut qu'ils soient là pour nous dans des situations comme celle-là".

Pas question donc, pour les 1.300 exposants présents cette année, de satisfaire les hommes et femmes politiques qui ne manqueront pas de venir se montrer, à un an de la prochaine élection présidentielle. Pour certains, ils n'ont même pas leur place au Salon.

"C'est à Bruxelles qu'ils devraient aller, et se battre, plutôt que de venir ici essayer de chercher des voix ou de la popularité", avance Jérôme Duffau, agriculteur dans les Hautes-Pyrénées. "Parce que de toute façon, on n'y croit plus".

Laurine Spieser, chargée de mission pour la race bovine vosgienne, espère au contraire profiter de l'événement pour interpeller les politiques et trouver des solutions. "On est venus pour ça, pour leur parler, et pour leur montrer qu'on est toujours là malgré les conditions aujourd'hui", avance la jeune femme. "Donc on espère que ça va servir à quelque chose".

Boycott

Pour William Renault, agriculteur laitier depuis trois ans, la question est réglée: il ne viendra pas à Paris cette année. Les cours du lait l'ont mis dans une situation très compliquée.

"Dès lors qu'il y a des représentants de l'agriculture, qu'il y ait les industriels comme les grandes surfaces, il est hors de question que j'aille mettre un pied dans un salon où il y a des gens qui ne veulent même pas bouger un petit doigt pour nous aider", argue William Renault. "Moi je ne suis pas hypocrite. Ils jouent avec nos capitaux et nos trésoreries. Étant donné qu'ils ne veulent pas faire d'efforts, moi je ne vais pas aller leur serrer la main".

Plusieurs appels au boycott du Salon ont été lancés sur les réseaux sociaux ces dernières semaines, mais aucun n'émane d'une organisation syndicale ou officielle. Les agriculteurs qui ont accepté de s'y rendre ont pour leur part prévu plusieurs actions tout au long de cette 53e édition. Une manière de sensibiliser, peut-être, les 700.000 visiteurs attendus cette année.
H. M.