BFMTV
Société

Le généticien Axel Kahn est mort d'un cancer à l'âge de 76 ans

Le généticien Axel Kahn, ex-président de la ligue nationale contre le cancer, est mort d'un cancer qui s'était aggravé en 2021.

"Je vais mourir, bientôt", écrivait Axel Kahn le 21 mai dernier dans un message posté sur sa page Facebook, où il faisait déjà ses adieux. Ce généticien, auteur de nombreux ouvrages et à la tête de plusieurs institutions scientifiques au cours de sa carrière, est mort à l'âge de 76 ans, victime d'un cancer qui s'était aggravé début 2021, annonce la Ligue contre le cancer ce mardi.

"La mort ne me fait pas peur, je sais qu'in fine elle va gagner, mais elle ne m'aura pas dans l'angoisse, pas dans la terreur, elle m'aura avec un petit sourire ironique aux lèvres", avait-il déclaré sur BFMTV, lançant "même pas peur".

Président de la Ligue contre le cancer depuis 2019, Axel Kahn avait été particulièrement médiatisé ces derniers mois, durant la crise sanitaire liée au Covid-19. Il avait notamment, à de nombreuses reprises, alerté sur les conséquences de la déprogrammation des soins pour les personnes atteintes de cancer, mais aussi sur les détections de cette maladie, qui se feraient plus tard, avec donc moins de chances de prendre le mal à temps.

La voie de la science, presque par défaut

Né en septembre 1944 au Petit-Pressigny (Indre-et-Loire), cadet d'une fratrie de trois garçon, Axel Kahn ne se destinait pas forcément à la médecine. Il avait même envisagé une carrière religieuse, jusqu'à ses 15 ans, âge auquel il avait expliqué, à plusieurs reprises, avoir perdu la foi, et dans le même temps ses velléités sacerdotales.

Comme il l'expliquait en 2016 dans un interview à L'Étudiant, il a ensuite choisi la voie de la médecine, presque par défaut. "Mon père était philosophe, mon frère aîné Jean-François a fait des études en histoire, une science humaine. Quant à Olivier, il a opté pour des études de chimie théorique. Moi, j’étais le petit dernier. J’ai préféré ne pas me mettre en concurrence avec mes brillants aînés. Donc, exit la philo, les sciences molles et les sciences dures. Il ne me restait plus que les sciences semi-molles : la médecine", déclarait-il.

Il fait son internat à l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (APHP). Spécialisé en hématologie, il écrit une thèse sur les déficits en globules rouges et devient docteur ès sciences en 1976, avant de passer par les plus prestigieuses institutions du pays. Cosignataire de centaines d'études pendant sa carrière, ses travaux ont particulièrement porté sur les questions génétiques. Avec ses collaborateurs, il démontrera ainsi "que, à un très bas niveau, n’importe quel gène peut être transcrit dans n’importe quel type de cellule", écrit par exemple l'Inserm, qui rappelle les découvertes auxquelles a participé Axel Kahn.

Directeur de recherches à l'Inserm, il dirigera aussi l'Institut Cochin de 2001 à 2007, et sera président de l'université Paris Descartes de 2007 à 2011. Il a présidé de nombreuses commissions de recherches et était membre de plusieurs sociétés savantes, comme l'Académie des Sciences, dans la section biologie humaine et sciences médicales. Siéger dans ces instances fera également de lui un acteur majeur de la politique scientifique en France: il a ainsi été fait commandeur de l'Ordre national du mérite, officier de la Légion d'honneur, chevalier des Arts et lettres ou encore officier dans l’Ordre du mérite agricole.

"Il est devenu un philosophe comme son père"

Lui-même père de trois enfants, sa vie sera en partie influencée par une phrase, laissée par son père dans un mot, avant son suicide en 1970, et qu'il a citée à de nombreuses reprises: "Sois raisonnable et humain".

"Une devise qui jusqu’au bout l’anime, jusque devant la mort", expliquait en mai sur BFMTV Franck Papillon, journaliste scientifique et proche d'Axel Kahn. "Il a sauvé des vies, la mort de son père a été le déclencheur d’une démarche philosophique, il a écrit sur des questions éthiques, il est devenu un philosophe comme son père. Il a voulu partager ses idées, sa philosophie, grâce à qui il peut affronter l’inéluctable", assure-t-il.

Membre du Comité Consultatif National d'Éthique de 1992 à 2004, il a régulièrement été interrogé sur des questions mêlant éthique et science, notamment au sujet du clonage et des OGM (Organismes génétiquement modifiés). Il avait par exemple plusieurs fois mis en garde contre le clonage humain thérapeutique, et s'était prononcé en faveur des recherches pour une agriculture OGM afin de permettre d'augmenter la production de nourriture dans le monde tout en respectant l'environnement. Il avait également été entendu par le Sénat sur la proposition de loi visant à établir le droit de mourir dans la dignité, et s'était positionné en faveur de la PMA (Procréation Médicalement Assistée) pour toutes les femmes.

Un homme de gauche

Son engagement a, à plusieurs reprises, dépassé les frontières de la science. Dès son adolescence, il s'engage au lycée auprès du Parti communiste. "J’ai été élu au Bureau national des étudiants communistes et, à ce titre, j’ai côtoyé d’assez près les dirigeants du parti. J’étais alors le type même du jeune intellectuel bourgeois, très discipliné, 'rallié à la classe ouvrière', selon la formule consacrée de ces temps-là", se rappelait-il auprès de l'Étudiant.

Il adhère au Parti Socialiste après l'élection de François Mitterrand, et participe à plusieurs grands rendez-vous de la gauche, apportant son soutien à la candidature de Bertrand Delanoë aux municipales parisiennes de 2008, et intégrant l'équipe de campagne de Martine Aubry pour la présidentielle de 2012. Il sera ensuite candidat du Parti socialiste pour les élections législatives de 2012 dans la deuxième circonscription de Paris, où il perdra contre François Fillon.

Sur son blog, il se souvient de cet épisode comme d'un événement qui a retardé sa traversée de la France à pied, la pratique de la marche étant une de ses grandes passions. En 2012 "c’est dans la deuxième circonscription de Paris que je randonnais, engagé en un combat législatif pour l’honneur contre le Premier Ministre sortant, François Fillon. Ce n’était que partie remise", écrit-il. Il traversera ainsi la France à pied en 2013 puis en 2014, sur plus de 2000 kilomètres.

"Je vivrai en les autres, et ça c'est formidable"

"Je ne saurais vivre sans marcher", déclarait Axel Kahn au journal Le Pèlerin en 2019. "Le rythme de la marche est comme le métronome pour le compositeur, il structure la pensée. C’est un besoin récurrent pour l’homme actif, le citadin que je suis".

De ses marches, il tirera plusieurs ouvrages, comme Pensées en chemin: Ma France des Ardennes au Pays Basque, en 2014. "Je sais que ma mémoire, mes écrits, l'espèce de matériau à penser que j'ai essayé de créer ma vie durant, et qui aura été utilisé par d'autres pour contribuer à bâtir leur propre vie, fera en tout cas que, intellectuellement, je continuerai de vivre dans leur mémoire", déclarait sur BFMTV Axel Kahn en mai dernier. "Je vivrai en les autres, et ça c'est formidable".

Salomé Vincendon