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Le deuxième "Charlie Hebdo" depuis les attentats se vend bien, mais la ferveur a disparu

Les ventes du dernier Charlie Hebdo à couverture rouge sont toujours exceptionnelles, mais la ferveur s'est amenuisée.

Les ventes du dernier Charlie Hebdo à couverture rouge sont toujours exceptionnelles, mais la ferveur s'est amenuisée. - Pascal Guyot - AFP

Sept semaines après l'attaque meurtrière, Charlie Hebdo, tiré à 2,5 millions d'exemplaires, était de retour mercredi dans les kiosques, mais sans connaître l'engouement inédit suscité par le "numéro des survivants". 

Les 2,5 millions d'exemplaires du deuxième numéro de Charlie Hebdo depuis les attentats de janvier trouveront-ils tous preneur? Les ventes depuis sa parution mercredi sont soutenues, mais la ferveur de janvier semble avoir disparu. "J'ai fait ma b.a. au mois de janvier en achetant le Charlie Hebdo vert, ce n'est pas dans mon habitude d'acheter ce genre de journal. J'ai fait ma b.a., point, terminé", résume au micro de BFMTV Jean, acheteur du Figaro.

Une baisse relative mais une très bonne tenue des ventes

Du côté des kiosquiers le constat va aussi dans le sens d'un moindre engouement qu'en janvier, même si des raisons objectives expliquent cette inflexion. "On en a vendu une cinquantaine sur 250. Mais on est en pleines vacances scolaires, et dans le XVIe arrondissement", constate en milieu d'après-midi Sylvie Le Jemtel, gérante d'une librairie parisienne.

A Marseille, un kiosquier en avait vendu 130 vers 16 heures, sur les 200 qui lui ont été livrés. "Je ne pense pas tout vendre. Il y a un moins d'engouement qu'en janvier". Le "numéro des survivants" avait été diffusé à 8 millions d'exemplaires, un record historique pour la presse française, alors que Charlie se vendait à moins de 30.000 exemplaires avant l'attentat. Contrairement à la fois précédente, les MLP, distributeurs du journal, n'avaient communiqué aucun chiffre en fin d'après-midi. Le nouveau numéro avec lequel l'hebdomadaire tente de retrouver un semblant de normalité en affichant une "une" moins provocatrice, continue de bénéficier d'un élan de solidarité.

"Il ne faut pas que l'esprit du 11 janvier s'éteigne"

"Je l'ai acheté par solidarité et je vais encore l'acheter pour quelques semaines", indique un client à la gare Paris-Saint-Lazare. "Il ne faut pas que l'esprit de Charlie retombe, que la flamme du 11 janvier s'éteigne", souligne ce cadre d'une cinquantaine d'années. A Guéret (Creuse), un papetier affirmait avoir vendu les 50 exemplaires reçus: "On n'en avait plus à 9h30." 

Reparti sur un rythme hebdomadaire avec le numéro 1179 de mercredi, Charlie Hebdo, qui compte désormais 240.000 abonnés, contre 10.000 avant les attentats du mois de janvier, a fait sa une sur Marine Le Pen, le pape et Nicolas Sarkozy, sans oublier un jihadiste, kalachnikov entre les dents. "Après la violence qu'on avait subie, on voulait une Une un peu apaisée", explique à l'AFP Riss, le nouveau patron du journal, toujours en rééducation après avoir été blessé à l'épaule dans l'attentat qui a fait 12 morts.

"Un symbole lourd à porter"

"Notre ligne éditoriale est la même depuis 1992. On n'est pas plus provocateurs, on n'en fait pas plus. C'est l'environnement qui a changé", poursuit Riss. "Pardonner... on ne peut pas", a-t-il dit aussi au Parisien. Depuis le 7 janvier, le poids du symbole est bien là, parfois un peu lourd à porter. "Je me demande comment un titre qui est devenu tellement symbolique, mondialement symbolique, peut survivre journalistiquement à un enfermement dans un symbole", s'est interrogé mercredi Philippe Val, l'ancien patron de Charlie Hebdo dans un entretien avec la télévision publique suisse RTS.

La menace, floue et mal identifiée jusqu'alors, leur est tombée dessus "comme la foudre" le 7 janvier 2015. Avant, on ne savait pas trop, mais là, il faut être réaliste, il faut se protéger. Ca serait irresponsable de faire ça avec légèreté", raconte Riss qui est surveillé en permanence par un groupe de policiers.

D. N. avec AFP