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Le confinement a-t-il fait baisser les adoptions d'animaux?

Un chat abandonné, en cage, dans un refuge de la SPA en août 2019 à Gennevilliers, près de Paris (photo d'illustration)

Un chat abandonné, en cage, dans un refuge de la SPA en août 2019 à Gennevilliers, près de Paris (photo d'illustration) - Olivier MORIN © 2019 AFP

Depuis la fin du confinement, les adoptions et achats d'animaux de compagnie ont repris. Elles ont même légèrement augmenté.

Alors que deux foyers sur trois possèdent un animal de compagnie et que la France compte officiellement quelque 15 millions de chats, chiens et furets, selon les données de l'Identification des carnivores domestiques (un total de 62 millions d'animaux en ajoutant ceux qui ne sont pas identifiés ainsi que les poissons et rongeurs, assure le ministère de l'Agriculture), les adoptions et achats d'animaux de compagnie ont bel et bien repris depuis le confinement.

Ce que confirme à BFMTV.com Jacques-Charles Fombonne, le président de la Société protectrice des animaux (SPA). "On est sur des chiffres équivalent à ceux de l'année dernière, malgré le confinement, à 500 animaux près". Il dénombre ainsi quelque 27.000 adoptions au 30 septembre - durant toute l'année 2019, un total de 42.791 animaux ont trouvé un nouveau foyer sur les quelque 46.000 qui ont été recueillis dans les 54 refuges que compte l'association.

"On a eu très peur que les Français abandonnent leur animal de compagnie avec la crainte qu'ils ne diffusent le virus. On a aussi eu très peur que la promiscuité ne provoque une hausse des abandons, mais ça ne s'est heureusement pas produit. Surtout, ce qui nous fait plaisir, c'est que sur les 1000 animaux adoptés pendant le confinement, il n'y a eu que quatre retours, notamment pour des problèmes d'allergie."

Un petit chat "plein de vie"

Catherine (qui a souhaité garder l'anonymat) vient d'adopter un chaton. Cette sexagénaire et son fils qui résident dans l'Essonne ont été bouleversés par le décès de leur compagnon à quatre pattes au début du mois d'avril, pendant le confinement.

"Nous avons contacté les associations locales pour accueillir un autre chat et là, la galère a commencé, raconte-t-elle à BFMTV.com. Du fait du confinement, il n'y avait pas d'accueil physique et les centres étaient fermés aux adoptants."

Refroidie par les nombreuses difficultés qu'elle rencontre pour adopter dans cette période inédite - si la SPA a pu proposer des animaux à l'adoption, cela n'a pas été le cas de tous les refuges - Catherine se tourne vers ses proches: une amie de la famille vient justement d'avoir une portée de chatons. Catherine et son fils décident d'adopter un petit mâle. Aujourd'hui, le chat vit chez eux, est "en pleine forme" et "plein de vie".

Une hausse de 10 à 15%

Selon Anne-Marie Le Roueil, la présidente du Syndicat national des professions du chien et du chat, les adoptions sont même en hausse de 10 à 15% depuis la fin du confinement, affirme-t-elle à BFMTV.com. Elle pointe ainsi un effet de rattrapage.

"Quelqu'un qui a le souhait d'adopter un animal peut tout à fait repousser son projet de quelques semaines. Les refuges avaient peur que certains souhaitent adopter un chien pour avoir un prétexte pour se promener dans la rue. Mais ça n'a pas été le cas."

Quant aux éleveurs professionnels, Anne-Marie Le Roueil indique que ces derniers n'ont pas vu leur activité baisser. "Certains éleveurs m'ont même dit qu'ils n'ont jamais eu autant de demandes", ajoute-t-elle.

"Ils craignaient qu'il ne leur reste des chatons et des chiots, plus difficiles à placer lorsqu'ils sont plus âgés, mais ça n'a pas été le cas. Les animaleries étaient fermées et les ventes entre particuliers, qui représentent souvent du travail dissimulé, n'ont pas pu avoir lieu."

Les demandes multipliées par dix

Comme en atteste Emmanuelle Darmand, éleveuse professionnelle de chiens dans l'Ardèche depuis dix-huit ans, débordée depuis le confinement. "Je rêve d'avoir une secrétaire!", confie-t-elle. Elle qui élève des bouledogues français, des braques de Weimar, des beagles et des huskys se dit submergée par les demandes: elles ont été multipliées par dix.

"Au lieu de trois demandes par semaine, j'avais trois demandes par jour! Là, ça commence à se tasser mais on a bien ressenti la fermeture des frontières."

Car un certain nombre des ventes de chiens se font sous le manteau, notamment sur les réseaux sociaux, avec parfois des animaux qui viennent de l'étranger. "Ce qui représente de la concurrence déloyale, dénonce Emmanuelle Darmand. Mon métier est un vrai métier, j'ai fait les études pour et j'ai tous les agréments." L'éleveuse ajoute n'avoir eu aucun souci de placement, "on a même pu choisir les acquéreurs".

Les abandons ne diminuent pas

Mais cette hausse de la demande ne doit pas cacher une autre réalité: les abandons se poursuivent. Chaque année, entre 80.000 et 100.000 animaux de compagnie sont abandonnés. Mélodie Lecoy, responsable Agir pour l'adoption pour la Fondation 30 millions d'amis et Pedigree, a ainsi remarqué une augmentation des abandons de chats pendant le confinement. "Surtout des chatons", précise-t-elle à BFMTV.com. Les opérations de stérilisation ayant été jugées non prioritaires pendant le confinement, cela a eu pour conséquence une surnatalité chez les félins.

"Il y a en ce moment beaucoup de jeunes chats à adopter. En général, le pic des abandons c'est pendant l'été et après les fêtes de fin d'année. Certains pensent qu'offrir un chien ou un chiot est un beau cadeau. Mais adopter un animal doit être une décision réfléchie, pesée et anticipée. C'est un acte responsable. Un chien ou un chat, ce n'est pas un cadeau de Noël."

Mélodie Lecoy indique également que les refuges - les 300 soutenus par la Fondation ne pratiquent pas l'euthanasie - déjà saturés, ont besoin d'aide. La Fondation assure ainsi que ces derniers ont perdu 40% de leurs ressources, faute d'adoptions, d'opérations de collecte ou de dons durant le confinement.

"Parfois, on récupère des animaux dans un état critique, qui ont été jetés par-dessus les grilles du refuge ou retirés de chez leurs propriétaires parce que subissant de mauvais traitements. Les soins représentent le premier poste de dépenses des refuges, vient ensuite la nourriture. On fait appel à la générosité du public."
https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV