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Le concours de catherinettes à Vesoul: "une humiliation pour les femmes"

Des catherinettes au théâtre des Champs-Élysées à Paris en 2013 (image d'illustration)

Des catherinettes au théâtre des Champs-Élysées à Paris en 2013 (image d'illustration) - Eric Feferberg-AFP

À Vesoul, depuis 1295, on célèbre la Sainte-Catherine. Au menu de cette foire agricole organisée ce vendredi comme tous les 25 novembre, un concours de catherinettes. "Une humiliation" pour les femmes "au nom de la tradition", considère l'association Osez le féminisme.

À Vesoul, c'est une tradition. Depuis plus de sept cents ans, les habitants de la préfecture de Haute-Saône célèbrent la Sainte-Catherine. Chaque 25 novembre, comme ce vendredi, 50.000 personnes sont attendues.

"Les participantes défileront dans les rues"

Lors de cette foire agricole, paysanne et commerçante se tient une course de petits cochons, un concours d'animaux de boucherie et un autre de catherinettes. Car Sainte-Catherine, patronne des filles à marier, est aussi et surtout "la fête des jeunes filles qui, ayant et 25 ans et non mariées, invoquent traditionnellement la sainte de leur trouver un mari", informe le site de la municipalité.

À cette occasion et "comme chaque année", l'office de tourisme du pays de Vesoul organise "le concours du plus beau chapeau de catherinette", indique le site internet du comité régional de tourisme de Franche-Comté. Les jeunes femmes de 25 ans sans enfant, comme le précise le règlement, paradent coiffées d'un chapeau "aux couleurs dominantes jaunes et vertes en relation avec leur profession ou à défaut avec leurs loisirs ou activités sportives". Les consignes précisent également que "les participantes porteront leur chapeau toute la journée et défileront dans les rues de Vesoul en se mêlant à la foule".

"C'est affligeant" et "humiliant"

Mais pour Osez le féminisme, la Sainte-Catherine est une fête rétrograde et dégradante pour les femmes. L'association s'indigne d'autant plus que c'est la municipalité qui organise l'événement.

"Je suis consternée qu'il y ait encore des célébrations de catherinettes, indique pour BFMTV.com Marie Alibert, la porte-parole. C'est affligeant, d'autant plus que le 25 novembre est la journée internationale contre les violences faites aux femmes. La Sainte-Catherine, c'est l'humiliation des femmes qui n'ont pas réussi leur rôle social tel qu'il est pensé dans une société patriarcal où la femme est avant tout une épouse et une mère. C'est réducteur."

Cette année, alors qu'elles étaient 25 à concourir, la compétition a été remportée par une passionnée d'équitation. La gagnante et ses deux dauphines repartent avec bouquets de fleurs et 5.000 euros à se partager, assure France 3 Franche-Comté

"Une tradition", "du folklore", "de la rigolade"

Une fête à laquelle semblent attachés les Vésuliens. Selon un sondage en ligne sur le site de l'antenne de télévision régionale, la Sainte-Catherine est "une tradition qu'il faut maintenir" pour 40% et "du folklore, de la rigolade, on en a besoin" considèrent 20% de ceux qui ont donné leur avis. Un peu moins de deux personnes sur dix estiment quant à elle que cette fête est "dégradante pour l'image des femmes".

"Le sexisme se passe souvent comme cela. Sous couvert de rigolade, cet alibi sert d'argument à ceux qui tiennent des propos sexistes. Affubler d'un chapeau les femmes que l'on identifie comme incapables de se trouver un mari et les faire déambuler dans les rues, moi je ne trouve pas cela drôle, ajoute Marie Allibert. C'est humiliant."

Selon la militante de l'égalité entre les sexes, ce type d'événement qui semble anodin, voire anecdotique, a bien plus de répercussions qu'il n'y paraît.

"Cela fait partie de ce qu'on appelle le continuum de la violence sexiste qui, de fil en aiguille, construit autour des femmes un discours dégradant. Cela passe par de toutes petites choses au nom de la tradition. C'est difficile de faire évoluer le regard et de faire comprendre que le rôle des femmes peut être tout aussi varié que celui des hommes."
Céline Hussonnois-Alaya