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La vie après Charlie: le récit de trois femmes touchées par l'attentat

Le 7 janvier 2015, douze personnes étaient abattues froidement dans les locaux du journal satirique par les frères Kouachi. Les proches tentent de faire vivre l'héritage des victimes.

Trois femmes, trois destins qui se sont entremêlés le 7 janvier 2015 quand les frères Kouachi pénétraient dans les locaux de la rédaction de Charlie Hebdo pour y abattre les journalistes présents. Douze personnes perdront la vie dont les dessinateurs Charb, Cabu, Tignous et Wolinski. Un an après, leurs proches tentent de poursuivre leur combat, chacun à leur façon.

Depuis le drame de janvier dernier, Cholé Verlhac, l'épouse de Tignous, s'est plongée dans les archives de son défunt mari. Des milliers de croquis qui jonchent encore son bureau. "Je n’ai pas touché à grand-chose depuis le 7 janvier, on a commencé à trier un petit peu les dessins", raconte celle qui a passé 13 ans de sa vie aux côtés du caricaturiste et s'amuse désormais à décrire "le joyeux bordel de Tignous".

"Comme si Tignous vivait encore"

Dessins, croquis, planches de presse ou carnets de voyage, Chloé Verlhac ne veut pas faire du bureau du dessinateur un sanctuaire et s'atèle aujourd'hui à ranger. Une manière pour elle d'être encore un peu avec lui. "Moi j’ai perdu l’amour de ma vie, mais l’artiste, on peut le faire vivre, confie-t-elle. Je me lève le matin et cela me permet de ne pas m’effondrer, j’ai l’impression de faire ça pour lui."

En octobre dernier, un album en hommage à Tignous est sorti. Tous les dessins ont été scrupuleusement choisis par sa femme. "C’est formidable ce que tu fais, l'a félicité alors la dessinatrice Coco, présente lors de l'attaque contre Charlie Hebdo. Les dessins, c’est quelque chose qui dure, c’est comme si Tignous vivait encore."

"Mon futur, c'était Georges"

Maryse Wolinski tente elle-aussi, à sa manière, de faire perdurer le travail de son mari abattu par les terroristes. Dans leur appartement parisien, la veuve de Georges Wolinski a conservé les post-it qu'il lui laissait sur les murs. Des déclarations d'amour au message sur l'actualité, tout est resté à sa place. L'épouse du dessinateur a accepté, en décembre dernier, de remettre le prix Wolinski de la BD du Point. Une tâche qui était revenue à son mari l'an dernier. 

"Malgré mon immense chagrin, Georges continue à me faire rire", déclarait-elle alors à l'occasion de la cérémonie. Pour autant, le 7 janvier 2015 a marqué un point d'arrêt dans sa vie. "Mon futur, c’était Georges, c’était notre vie, nos enfants, c’étaient nos amis, nos voyages. Aujourd’hui je ne sais pas ce que ça va être, je ne sais pas comment je vais vire". Jeudi, elle publiera un livre sur cette année passée. Il s'intitule "Chérie, je vais à Charlie", les derniers mots que lui a lancés Georges Wolinski.

"Je travaille différemment"

La vie après la tuerie de Charlie Hebdo, c'est aussi un combat pour les rescapés. La journaliste Zineb El-Rhazoui vit depuis sous la surveillance de deux agents omni-présents et est toujours menacée de mort par les islamistes. "Même quand je vais acheter une baguette, ça fait discret l’arrivée en boulangerie, mais c’est comme ça, assure-t-elle. Mais c’est un peu surréaliste, nous ne devrions pas être réduit à vivre comme ça en France."

Menacée un temps d'être licenciée de Charlie Hebdo, Zineb El-Rhazoui poursuit et appelle à combattre les "religieux belliqueux". "J’essaie de continuer à faire mon métier, sauf que je travaille différemment, j’écris beaucoup depuis chez moi et puis évidemment ma liberté de mouvement n’est plus la même, je ne peux plus faire des reportages à l’étranger", détaille-t-elle.

J.C.