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La politesse est-elle devenue ringarde?

A l'occasion de la parution de son Dictionnaire nostalgique de la politesse, Frédéric Rouvillois était l'invité de BFMTV. Politesse, vivre ensemble, attention et faire société sont des concepts qui ne sont pas si éloignés.

La politesse, une valeur ringarde? "La politesse suit le cours de la modernité, c'est-à-dire que l'on essaie d'aller de plus en plus vite. On ne va pas dire 'avec cordialité' ou 'avec mes pensées les plus cordiales', c'est trop long. Donc, on va mettre 'cordialement'", concède ce jeudi sur BFMTV Bernard Pivot alors qu'on l'interroge sur la disparition des bonnes manières.

La politesse est le sujet du nouveau livre de Frédéric Rouvillois, Dictionnaire nostalgique de la politesse en ce moment en librairie. Le postulat de l'auteur est que cette valeur va revenir "à la mode", dans cette période de crise.

La politesse à l'épreuve de notre société rapide

Pour l'auteur, au sein d'un monde rapide, "on n'a plus tellement le temps de la politesse alors que c'est indispensable. Etre poli c'est donner de son temps aux autres".

"En étant poli avec les autres on espère que les autres seront polis avec soi", ajoute Frédéric Rouvillois sur BFMTV. Pour l'historien, si être poli est nécessaire pour fluidifier les rapports sociaux, il ne faut pas pour autant que cela devienne "une contrainte épouvantable, un code que l'on apprend par cœur comme le code de la route", au contraire la politesse doit demeurer "un des éléments de la poésie et de la couleur de l'existence".

Dans un monde "égocentré"

Pour l'historien et professeur de droit, la politesse est avant tout une marque d'attention portée à l'autre au sein d'un monde de plus en plus égocentré. Une des valeurs essentielles du vivre ensemble est sans doute la bienveillance, qui permet une meilleure cohabitation. Car là est avant toute chose l'intérêt de la politesse: faciliter ce vivre ensemble.

"En l'espèce, la proximité entre politesse, politique et polissage dit beaucoup de l'objectif de la politesse, qui est précisément de fluidifier les relations au sein de la société. En polissant les rapports sociaux, elle permettrait donc qu'il y ait le moins possible de rugosité à l'intérieur de la société. Sans elle, la "polis" ("société", en grec) risque de basculer dans un rapport de violence verbale voire physique", analyse également Frédéric Rouvillois dans les colonnes du Figaro.

Enfin, l'enjeu principal de la politesse aujourd'hui est probablement les différentes formes qu'elle prend en fonction des cultures, des sociétés. Dans un monde de plus en plus multiculturel, où les communautés sont amenées à cohabiter, les différentes formes de politesses peuvent entraîner des points de friction.

"Au 18e siècle, il n'y avait pas un seul système de politesse. Il y avait une politesse de la ville et une politesse des champs. Mais en définitive, elles n'avaient pas tellement l'occasion de se rencontrer. Les risques de friction n'étaient pas considérables.(...) Dans une société urbaine comme la nôtre, où les communautés cohabitent entre elles, le risque me semble beaucoup plus grand", explique Frédéric Rouvillois au Figaro.

Astrid Landon