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La colère des "oubliés" du Bardo face au manque de reconnaissance

Françoise Thauvin, rescapée de l'attentat du musée du Bardo.

Françoise Thauvin, rescapée de l'attentat du musée du Bardo. - BFMTV

Un an après l’attentat au musée du Bardo, proches des victimes comme rescapés se considèrent comme "oubliés" par les autorités. Non conviés à la cérémonie d’hommage, faibles indemnités, ils ne cachent pas leur colère.

Ce 18 mars est déjà un triste anniversaire pour les rescapés comme pour les proches des quatre Français décédés au musée du Bardo. Mais un an après l’attentat, la colère et l’incompréhension occupent également le cœur de ces victimes. Elles déplorent un manque crucial de reconnaissance des autorités françaises et tunisiennes. Et ça commence par une non-invitation à l’hommage rendu ce vendredi à Tunis.

> Pas conviés aux commémorations

Serge Mayet se trouvait au musée du Bardo le 18 mars 2015 lorsque les terroristes ont ouvert le feu. 22 personnes ont été tués dont quatre Français. Ce rescapé aurait aimé accompagner Jean-Marc Ayrault, le ministre des Affaires étrangères, en Tunisie ce vendredi pour rendre hommage aux victimes. Mais il n’a jamais reçu de réponses de la part du quai d’Orsay.

De manière générale, les familles n’ont pas été consultées pour s’associer à cette cérémonie. Faute d’être invités, proches et rescapés se sont réunis à Paris, place de la République, pour déposer une gerbe de fleurs.

> Quatre noms "oubliés"

"On n’a jamais entendu les noms de nos compatriotes qui sont décédés au musée du Bardo", déplore Françoise Thauvin. Cette rescapée souligne une différence de traitement importante avec les victimes des attentats du 13 novembre. Pour elle, les noms de Jean-Claude Tissier, Nadine Flament, Christophe Tinois et Huguette Dupeu auraient dû êtes cités lors des hommages à Paris.

"Je ne pense pas qu’on ait vécu quelque chose de moins terrible que ce qui s’est passé en France", estime Françoise Thauvin, qui a perdu sa mère il y un an.

Depuis, Françoise a dû se débrouiller seule dans ses démarches. Avec son avocat, elle veut attaquer l’état tunisien pour faire reconnaître sa part de responsabilité, soulignant des négligences en matière de sécurité à l’époque. Mais aussi pour son manque de coopération.

> Faibles indemnités

Autre grief: la question des indemnités. Les 37.000 euros proposés par exemple à un enfant de victimes sont vécus comme du mépris. Une fois encore, la démesure avec celles des attentats du 13 novembre est mise en avant. Une famille ayant perdu un proche dans les attaques de Paris peut en effet percevoir jusqu’à 765.000 euros.

"Ça signifie qu’une victime du Bardo vaut beaucoup moins chère qu’une victime de l’Hyper Cacher ou du Bataclan", dénonce Gérard Chemla, l’avocat des victimes du Bardo.

Financé sur une contribution sur les contrats d'assurance, le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI) existe depuis 1986 en France et reste unique au monde. D’après des exemples fictifs, un blessé léger lors d’un attentat sur le territoire perçoit 52.000 euros, un blessé grave avec des séquelles physiques importantes peut toucher jusqu’à 900.000 euros. Mais ces chiffres sont donnés à titre purement informatif. L’indemnité est évaluée pour chaque victime "de manière parfaitement individualisée", précise le FGTI.

P. P. avec Maxime Cogny et Clément Dalmar