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L'Académie française met son dictionnaire en ligne

Un panneau indiquant les réunions hebdomadaires de l'Académie française. (Photo d'illustration)

Un panneau indiquant les réunions hebdomadaires de l'Académie française. (Photo d'illustration) - Académie Française

Un portail numérique gratuit permet depuis jeudi d'accéder aux 8e et 9e éditions du Dictionnaire de l'Académie française. Les précédentes versions seront accessibles plus tard.

Vieillot le dictionnaire de l'Académie française? Que nenni! La vénérable institution créée par le cardinal de Richelieu au XVIIe siècle, s'est dotée jeudi d'un nouvel outil informatique qui donne accès à une version 2.0 de son fameux dictionnaire.

Accessible sur le site www.dictionnaire-academie.fr, le nouveau portail numérique du dictionnaire de l'Académie française est d'un accès totalement libre et gratuit pour tous les amoureux du français et les quelque 300 millions de locuteurs francophones.

"Pour toucher le plus grand nombre il fallait changer nos modes de diffusion, le papier ne suffisait plus", a reconnu Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie française, en présentant le nouvel outil dont elle espère qu'il deviendra "une nouvelle référence en matière de dictionnaires dans l'espace numérique francophone".

Le portail propose l'intégralité de la 8e édition et la version en cours de rédaction de la 9e édition qui s'arrête pour le moment à "sabéisme". Si on recherche un mot situé après "sabéisme" on est automatiquement redirigé vers la 8e édition.

Mais le dictionnaire numérique est appelé à être constamment mis à jour, explique Yves Pouliquen, membre de la Commission du dictionnaire (qui compte douze membres et se réunit chaque jeudi entre 09h30 et 12h30).

"Ce matin, raconte à un journaliste de l'AFP l'académicien, responsable du projet d'édition numérique du dictionnaire, nous nous sommes entendus sur le mot 'tambourin'". Il espère que la neuvième édition sera terminée "à la fin 2020". "Mais ce n'est pas sûr", ajoute-t-il avec prudence. Pourtant, insiste-t-il, "on bosse énormément. On rentre chez nous un peu sonnés".

La Commission du dictionnaire de l'Académie Française, qui se réunit tous les jeudis matin.
La Commission du dictionnaire de l'Académie Française, qui se réunit tous les jeudis matin. © Académie Française

Les académiciens ont commencé la rédaction de la 9e édition de leur dictionnaire en 1986 (après un gros passage à vide entre les année 1950 et 1970). A terme cette édition comptera quelque 60.000 mots (contre environ 32.000 dans l'édition précédente) et il sera temps de passer à la 10e édition.

Une première édition qui date de 1694

Dès l'automne, il sera possible de consulter toutes les éditions du dictionnaire depuis la première qui date de... 1694. Ce sera une occasion unique de découvrir des mots disparus, auxquels BFMTV.com avait consacré un article en novembre dernier, ou de lire les différentes définitions d'un même mot selon les époques. 

Le portail numérique du dictionnaire "veut marquer une rupture, un jalon dans la longue et singulière histoire du dictionnaire de l'Académie et constitue un changement radical dans le mode de diffusion de notre dictionnaire", se félicite Yves Pouliquen.

"Ce projet c'est avant tout la mise à disposition gratuite du dictionnaire pour les 300 millions de francophones et pour tous les apprenants du français dispersés dans le monde", ajoute-t-il.

Conjugaisons, correcteur d'orthographe, curiosités...

Il donne la conjugaison de tous les verbes (à tous les temps et tous les modes), est doté d'un correcteur d'orthographe, donne les informations sur les rectifications orthographiques (on peut écrire "chariot" ou "charriot", deux orthographes acceptées), fournit des notices sur les difficultés ou les curiosités du français ("dire, ne pas dire"), renvoie vers des ressources externes notamment pour les mots de la francophonie.

"En donnant à nos lecteurs de meilleurs outils pour nous lire, pour leur exposer nos travaux, nous poursuivons une tâche entreprise il y a 384 ans et qui vit son premier aboutissement il y en a 325", se réjouit Hélène Carrère d'Encausse.

"Dire l'usage, c'est accepter d'être Sisyphe et de reprendre sans fin une tâche dont on sait qu'elle ne sera jamais terminée. Mais rien ne nous interdit quelque joyeuse pause et de nous réjouir quand nous réussissons à pousser notre rocher un peu plus loin, quand nous atteignons une étape nouvelle", ajoute-t-elle. 

Liv Audigane avec AFP