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Kepel: "Pas de lien entre les frappes et l'exécution d'Hervé Gourdel" 

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Au lendemain de l'annonce de l'exécution de l'otage français Hervé Gourdel en Algérie, Gilles Kepel, professeur à Sciences-Po Paris et spécialiste du monde arabe, était jeudi matin l'invité de BFMTV et RMC.

Invité jeudi matin sur BFMTV et sur RMC, Gilles Kepel, l'un des plus grands spécialistes français du monde arabe, a répondu aux questions de Jean-Jacques Bourdin, au lendemain de l'annonce de l'exécution d'Hervé Gourdel, l'otage français de 55 ans détenu en Algérie par un commando jihadiste.

"Ce qui s'est passé hier secoue toute la société française", commence Gilles Kepel. "En même temps il faut comprendre comment ça s'est produit. Il n'y a pas de relation directe entre les frappes et l'égorgement de notre compatriote, qui ne provient pas d'une instruction qui a été donnée, mais plutôt d'une contagion médiatique".

Pour Gilles Kepel, "c'est le nouveau mode de fonctionnement des terroristes jihadistes, qui n'est plus du tout le modèle d'Al Qaida. Vous aviez un modèle pyramidal, avec Ben Laden et Zawahiri qui donnaient des ordres, payaient des billets d'avion, des cours de pilotage, désignaient des cibles, là ce n'est plus ça. Ce sont des individus qui saisissent des opportunités, sont vaguement liés".

Entre Daesh et le numérique, un lien indissoluble

"Al Qaida, c'était l'enfant d'Internet et d'Al Jazira, Daesh c'est l'enfant de Twitter, de Facebook, de Youtube", analyse Gilles Kepel, "avec ces décapitations monstrueuses, pour s'adresser chez les gens à cette espèce d'envie pornographique de regarder la mort mise en acte, et qui en même temps sert un sentiment de pureté: 'on va tuer les impies, on va nettoyer le monde'. Ce discours de Daesh, paradoxalement, il a une attractivité, c'est ça qui le rend le plus dangereux, y compris chez nous! On voit le nombre de jeunes qui partent, et qui ne sont pas uniquement des gens d'origine musulmane. (...) Entre Daesh et l'accès au numérique, il y a un lien indissoluble".

"Il n'y a plus de frontières au Moyen-Orient"

Le chercheur identifie l'une des sources d'alimentation du terrorisme: "Aujourd'hui au Moyen-Orient il n'y a plus de frontières", estime le spécialiste du monde arabe, "et cette espèce de chaos, de tectonique des plaques, elle nous touche partout".

Comment lutter contre cette dissémination terroriste? "L'enjeu aujourd'hui, c'est d'éviter que se passent sur notre territoire des attentats à la (Mohamed) Merah, à (Mehdi) Nemmouche de nouveau, c'est ce qui fait que les services de sécurité sont sur les dents, mais je crois que ça demande un éveil de l'ensemble de notre société".

Alexandre Le Mer